• LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)

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        Au Moyen-Âge, il existait un château-fort à Lingèvres qui commandait le passage de l'Aure et fut disputé au cours de la guerre de Cent Ans. Ses vestiges se trouvent au nord de l'église : il reste une motte de 55 mètres de diamètre (sur le terrain de Maître Morin Notaire). [NDB]

     

         « Le nom de la localité est attesté sous les formes Linguievre et Linguevre en 1040 et 1066.

         Le toponyme, d'origine gauloise, semble composé de deux éléments dont le premier reste obscur : anthroponyme Lingo selon l'hypothèse d'Albert Dauzat et Charles Rostaing, le mot lingon, « saut », selon celle de René Lepelley. Il y a concordance pour le deuxième qui représente comme -euvre une forme évoluée de -ó-briga, « hauteur », puis « hauteur fortifiée », « forteresse ».» [1]

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)   LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)

     Plan de situation de la motte de Lingèvres ; blason supposé de la famille de Forges qui posséda le château de Lingèvres aux 12-13èmes siècles.par Gilloudifs

     

    Histoire

     

         11e-12e siècles : « D'après l'abbé Béziers, Serlon de Lingèvres était seigneur de cette paroisse dans le 11e siècle. Il tient un rang éminent dans la charte de confirmation faite à l'abbaye de Saint-Étienne de Caen, par Roger de Montgommery. Richard de Lingèvres, qui appartenait à la même famille, alla offrir ses services à Roger, roi de Sicile, que ses victoires rendaient alors célèbre. Il fut reçu par ce prince avec distinction. " [2]

     

         « Richard de Lingèvres († 1155) est un chevalier normand de la région de Bayeux qui s'expatria en Italie méridionale où il se mit au service au roi Roger II de Sicile. Arrivé dans le royaume siculo-normand peu avant 1146, il y mena une brillante carrière militaire et le roi Roger le nomma comte d'Andria dans les Pouilles. En 1146, lors de l'attaque siculo-normande de Tripoli (actuelle Libye), Richard de Lingèvres fut selon le chroniqueur normand Robert de Torigni, l'un des chefs de l'expédition les plus braves. En 1155, il s'illustra contre les forces byzantines de l'empereur Manuel Comnène qui avaient envahi l'Apulie. Selon l'historien byzantin Jean Cinnamus, il joua un rôle important aux côtés du chancelier Asketil lors de l'offensive de l'armée du roi Guillaume de Sicile contre les forces d'invasions byzantines débarquées en Apulie au printemps 1155, mais Richard fut tué au combat sous les murs d'Andria à la fin de l'été de la même année. » [1]


         12e-13e siècles : " Quoiqu'il en soit, Guillaume de Soliers était seigneur châtelain de Lingèvres, dans la seconde moitié du 12e siècle ; il souscrivit la charte de confirmation de Henri II pour le prieuré de Saint-Nicolas de la Chesnaye, et fonda l'abbaye de Cordillon dans sa terre de Lingèvres.

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     Suivant une ancienne généalogie, Étienne de Forges, qui avait épousé Marcelle de Soliers, lui succéda dans la châtellenie de Lingèvres ; il eut un procès avec l'abbesse et les religieuses de Cordillon ; mais l'affaire fut arrangée par Guy, évêque de Baveux. L'abbaye avait droit de pâturage dans les landes de Lingèvres, et de chauffage dans les bois ; la contestation s'éleva au sujet de l'exercice de ces droits.
         Robert, fils d'Étienne de Forges, deuxième du nom, fit, en 1262, des partages avec son oncle. Par suite de ces partages, la seigneurie de Hottot fut démembrée de la seigneurie de Lingèvres. " [2]

     

    Ci-dessus, blason supposé de la famille de Forge par Gilloudifs.

      

         14e siècle : En 1365, Jean de Forges était seigneur de Lingèvres. (...)

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     Dans les guerres anglaises du roi de Navarre, au 14e. siècle, qui furent si funestes à nos contrées, les Anglais occupèrent le château de Lingèvres (1356), aussi bien que celui de Saint-Wast, cité dans le premier volume de la Statistique monumentale (p. 238). Ils le gardèrent pendant plusieurs années, et, de là, ils exercèrent les plus grands ravages dans les environs, ne vivant que de pillage ; la ville de Caen le racheta au moyen d'un emprunt levé sur les maisons religieuses de son arrondissement. " [2]

     

    Ci-dessus, une photo aérienne, années 1950-1965, extraite du site Géoportail.

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     1356 : « Tandis que le duc de Lancastre était vivement poursuivi par l'armée du roi Jean, Robert de Lewes, général anglais, s'emparait de la forteresse de Saint-Waast, appartenant à la famille Tesson, et du fort de Lingèvres, dépendant de l'abbaye de Cordillon ; de là il se porte sur le château royal de Bures-le-Roi, à Noron, défendu par les troupes françaises. Ce château était une place forte assez importante et avait encore à cette époque un gouverneur particulier.
    Robert de Lewes s'en rendit maître après des efforts inouïs de valeur, y mit le feu, le réduisit en cendres et le rasa pour ne plus jamais reparaître.
    Le chevalier de Lewes se replia ensuite sur la forteresse de Saint-Waast et sur le château-fort de Lingèvres, où il établit son quartier général. De ces deux points, les soldats maraudèrent dans les campagnes avoisinantes et les mirent à contribution ; ils pillaient les fermes et tuaient tous ceux qui osaient leur résister. » [3]

     

    Ci-dessus, une photo aérienne extraite du site Géoportail.

     

         1361 : « Le rachat de Saint-Vaast et de Lingèvres fut fait de la même manière. Dès 1357, on avait tenté, mais vainement, de les reprendre aux Anglais. En 1361, Louis d'Harcourt négocia leur évacuation avec Thomas de Glistone, délégué de Robert de Ewes, capitaine au nom d'Edouard III. Le 1er février, il réunit à Caen les gens d'église, nobles, bourgeois et habitants « en bailliage de Caen » ; l'assemblée s'occupa de trouver les 16 000 écus au roi Philippe exigés par les ennemis « pour vuidier hors des dis fors».
          Une imposition de 6 deniers pour livre, que «
    l'achateur paiera oultre l'imposicion de 12 deniers pour livre ordenée pour la redempcion de mon dit seignour », fut accordée pour trois mois.
         Des commissaires, pris parmi les bourgeois de Caen, furent députés par les gens du pays pour assister le lieutenant du roi. Les indemnités étaient fixées pour Louis d'Harcourt, les commissaires et autres venus en sa compagnie «
    es parties de Caen ». Il fut décidé enfin que, « considéré la chierté des vivres du païs, tant des personnes que des chevaux, que lour faut tenir pour ce fait », les commissaires, Raoul de Bray et Guillot Hamon, bourgeois de Caen, recevront chacun 2 florins d'or royaux par jour. D'autres assemblées eurent lieu encore celle année à Caen. Vers le milieu de mars, les bourgeois de Caen, réunis en la présence d'Aymar Bourgoise, vicomte du lieu, accordèrent à Roger Le Masnier, seigneur de Couvrechef, alors prisonnier des Anglais, une aide volontaire, afin d'acquitter le prêt que ce chevalier avait fait à la ville « pour la vuidange » de Saint-Vaast et Lingèvres. » [4] 

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     14e-15e siècles : " Le château de Lingèvres fut un de ceux qui furent visités par ordre du Roi, en 1372, par le bailli de Caen, René Le Coustellier, accompagné de deux chevaliers. Le château fut trouvé en bon état, comme le prouve le passage suivant du procès-verbal de cette visite :


         «
    Item à Lingièvres ledit jour (le lundi VIII jour de mars )
    commandé fut à monsieur Becquet de Forges, chevalier
    seigneur et capitaine du lieu, qu'il en fit bonne garde,
    car il est assez fortifié, garni et ordené.
    »

     

    Ci-dessus, une photo extraite du site Google Earth.

     

         En 1417, le château de Lingèvres fut encore occupé par
    les Anglais ; Eustache de Saint-Pierre, qui en était alors
    capitaine, le leur rendit par capitulation. (...)

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     On ignore à quel titre cette seigneurie passa à Jean de Mauny, qui vivait au commencement du 15e siècle : sa fille fut mariée, en 1477, à Robert de Hoye, chevalier, seigneur et baron de Blangy.
    Le seigneur de Lingèvres fut maintenu, par arrêt de l'Échiquier, du 18 mai 1490 , dans le droit qui lui était contesté par le capitaine du château de Bayeux, de faire garder son château de Lingèvres par les vassaux de cette paroisse et ceux de Bucels, Hottot, Couvert, Bernières, Longraye, Trungy et Torteval. " [2]

     

    Ci-dessus, blason supposé de la famille de Mauny par Jimmy44 — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3759729

     

         15e-16e siècles : Martin de Hoye, seigneur châtelain de Lingèvres, baron de Blangy, et Michel de Marguerye, passèrent entre eux une transaction (18 octobre 1496) par laquelle ce dernier reconnaît que son fief de Forges est tenu de la châtellenie de Lingèvres. Le seigneur de Lingèvres rendit lui-même aveu au Roi, la même année, de son fief et châtellenie de Lingèvres.
         Godefroy de Hoye fonda à Lingèvres plusieurs obits et fut inhumé, en 1525 , dans le chœur de l'église. Il avait rendu aveu au Roi, le 26 mars 1517, de sa châtellenie de Lingèvres. »
    [2]

     

    Description

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     « A côté de l'église (au Nord) on voit une motte ou plutôt une petite enceinte à peu près ronde, dont le diamètre peut être de 55 m. environ, dans laquelle on voit un puits à moitié comblé et quelques fondations de murs ; les fossés ont encore 30 pieds de largeur et 15 à peu près de profondeur. " [2]

     

    Ci-dessus, plan extrait du cadastre napoléonien de Lingèvres de 1921, Archives du Calvados, https://archives.calvados.fr/

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     « En faisant restaurer cet édifice (l'église), à l'occident, on a remarqué que les pierres étaient calcinées : ce qui porterait assez à croire qu'il fut la proie des flammes pendant les invasions anglaises. Cet édifice souffrit beaucoup pendant le siège et la destruction du château à l'époque de la seconde invasion des Anglais, en 1356.

         A côté du cimetière, au nord, se trouve la motte, où s'élevait ce château fort. Cette motte, à peu près de forme ronde, est entourée de fossés d'environ douze pieds de profondeur.
         Il y a eu seigneurs, de Lingèvres qui se sont rendus fameux dans les guerres contre les infidèles. Au milieu du 14e siècle, les Anglais, maîtres du fort de Lingèvres, ravageaient tellement le pays circonvoisin que la ville de Caen traita avec eux par la reddition de ce château fort et fit même un emprunt pour payer à ces insulaires la somme convenue. On voit encore, au couchant, sur le bord du ruisseau, les retranchements du camp, occupé par les Français, qui assiégeaient, en 1356, les Anglais, maîtres de ce fort. »
    [5] 

     

    Ci-dessus, une photo extraite du site Google Earth.

     

    A proximité :

     

    LES REMPARTS DE LINGEVRES (Calvados)     " L'église de Lingèvres est d'une certaine importance et peut être analysée ainsi qu'il suit : chœur ogival de la fin du 13e. siècle ; nef romane en partie reconstruite ; tour latérale, au Sud, d'une époque incertaine..." [2]

         Elle subit de nombreux dommages lors des combats de la Libération en 1944. Elle a été en partie reconstruite au 20e siècle. [NDB] Voir : https://www.patrimoine-religieux.fr/eglises_edifices/14-Calvados/14364-Lingevres/181245-EgliseSaint-Martin

     

         Une abbaye de Bénédictines, Saint-Laurent de Cordillon ou Cordillon-aux-Nonnains, fut fondée en 1201 sur le territoire de Lingèvres. Elle fut démantelée après la Révolution et il n'en reste rien aujourd'hui, sinon les vestiges de ses murs de clôture. [NDB]

     

    Sources :

     

    [1] Extrait de Wikipédia

    [2] Extrait de la Statistique monumentale du Calvados. Tome 3 / par Arcisse de Caumont(1801-1873), éditeur : Derache (Paris) / Dumoulin (Caen) / A. Hardel 1846-1867 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96748058/f397.item.r=Ling%C3%A8vres.texteImage

    [3] Extrait de l'Histoire de Balleroy et des environs par l'abbé J. Bidot ; impr. de Élie fils (Saint-Lô), 1860

    [4] Extrait de Les États de Normandie : leurs origines et leur développement au 14e siècle par Alfred Coville (1860-1942). Éditeur : Impr. nationale (Paris) 1894 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57384983/f123.item.r=Ling%C3%A8vres.texteImage

    [5] Extrait de l'Histoire de Balleroy et de son canton par M. l'abbé Jean Barette ; éditeur : Auger (Condé-sur-Noireau) ; date d'édition : 1843. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6516722j/f202.item.r=Ling%C3%A8vres.texteImage

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