• LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)

           Sur la commune de Grosley-sur-Risle, se trouvent les vestiges d'un château fort au lieu-dit le Pin ou la Chapelle-du-Pin dans le bois de Conchez. Ce château fort appartenait « au 12e siècle à la famille Dupin (base Mérimée) » Il est fait mention d'une chapelle sur le cadastre ancien. Des fouilles archéologiques menées par Pierre Lemaître ont été effectuées sur ce site de 1984 à 1990. Ce sont les comptes-rendus des fouilles de la Chapelle-du-Pin dans les numéros de l'Archéologie Médiévale qui figurent ci-après [NDB] :

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)

     

    Plan de situation de la motte féodale de la Chapelle-du-Pin à Grosley-sur-Risle ; blason moderne de la commune de Grosley-sur-Risle par Celbusro - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27085102

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)     1985 : « GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle-du-Pin. (Coord. Lambert : 488,600 x 2452,550). - Le site de la Chapelle-du-Pin est un ensemble archéologique composé d'une motte féodale réaménagée en enceinte circulaire cratériforme, d'une basse-cour quadrangulaire et d'un complexe villageois avec tous ses éléments socio-économiques (chapelle, enclos, vivier, etc.). L'ensemble couvre une superficie de 3 hectares environ dans un lambeau de la forêt de Beaumont. Il domine la vallée de la Risle, sensiblement en retrait sur le plateau du Neubourg. A l'examen externe du site, il est possible de définir les grandes séquences de l'évolution de la résidence seigneuriale fortifiée proprement dite. Sans qu'il soit permis de dire qu'il s'agit du premier état du site, il y eut édification d'une motte de 35 m de diamètre à la plate-forme sommitale, puis, peut-être avec des phases transitoires, aménagement du site pour lui donner l'aspect d'un shell-keep aujourd'hui observable. Ceci a dû se faire par un surcreusement des fossés entourant la motte d'une part, et remodelage de la plate-forme avec adjonction d'une chemise maçonnée (silex et blocs de grisou taillés) d'autre part. Les données archivistiques connues actuellement permettent de situer le rôle géopolitique tenu par cet ensemble entre le milieu du 11e s. et les premières années du 13e s., c'est-à-dire dans la trame historique de la Normandie ducale. Les diverses mentions des seigneurs du Pin relevées dans les textes consultés ne laissent aucun doute sur leur dépendance du lignage normand des « Beaumont ». L'intérêt des recherches archéologiques entreprises tient à la présence des divers éléments d'un complexe médiéval en milieu rural et d'un remarquable état de conservation de l'ensemble.

     

    Ci-dessus, une photo aérienne du site de la chapelle du Pin extraite du site Google earth.

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)     La première campagne de fouille, menée durant l'été 1984, a porté sur la basse-cour quadrangulaire (45 m x 55 m) jouxtant l'enceinte par le N.-E. Une zone de 300 m2 a été l'objet des recherches, dans l'angle S.-E. de la basse-cour en incluant la face interne du rempart la ceinturant. Un mur de 1,10 m de large fut mis au jour, perpendiculairement au rempart sud, à 5 m environ de l'angle interne formé par les remparts sud et est. Il a été dégagé sur une longueur de 10,50 m où il s'articule alors avec un second mur, de même largeur, orienté perpendiculairement, vers le centre de la basse-cour. Ces deux murs semblent délimiter, en partie, un grand bâtiment dont 10,50 m est la seule dimension intérieure connue en l'état des recherches. Près de l'angle interne du bâtiment, et appuyée sur le premier mur, une cheminée monumentale fut dégagée sans, toutefois, que la sole ait été mise au jour. Elle est constituée de deux piédroits en blocs de calcaire taillés, espacés de 2,60 m et d'un contrecœur en tuileaux jointoyés à l'argile. En fait, ce bâtiment ne résulte pas de la dernière occupation du site. S'il traduit bien la dernière phase d'occupation organisée de ce secteur de la basse-cour, la fouille a mis en évidence des niveaux postérieurs relevant d'une réutilisation de l'espace considéré. Deux fours domestiques circulaires ont été édifiés sur l'arase du grand mur et, pour l'un d'eux, en partie sur l'éboulis du mur. Les matériaux utilisés pour leur construction sont empruntés aux murs (silex), à la cheminée (pierres calcaires et tuileaux) et aux tuiles de la couverture du bâtiment alors en ruines. A ces fours correspondent deux niveaux d'occupation, une aire de circulation et un dépotoir situé dans une infractuosité du mur servant d'assise aux fours. Ces derniers se succèdent dans le temps sans phase d'interruption. Un lot important de céramiques a été mis au jour dans ces deux niveaux avec pré-dominence de la forme écuelle. Une deuxième cheminée monumentale, du même type que la précédente, fut mise au jour, appuyée sur la face nord du second mur. Une surface de terre argilolimoneuse fortement indurée, venant s'appuyer sur le contrecœur, témoigne d'une aire de circulation ou cour, peu riche en mobilier archéologique. La campagne de fouilles 1984 aura porté exclusivement sur les horizons archéologiques issus d'une réutilisation très rudimentaire d'un site médiéval fortifié abandonné et permet d'appréhender le devenir de celui-ci au bas Moyen Age et dans les périodes post-médiévales. En effet, les premiers résultats des données recueillies autorisent à situer la réoccupation du site entre la fin du 14e s. et la première moitié du 16e s. La prochaine campagne aura pour objectifs la confirmation de cette hypothèse par l'ouverture d'autres zones de fouilles et la fouille des niveaux antérieurs reconnus en sondage. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre) » [1] 

     

    Ci-dessus, plan extrait du cadastre napoléonien de 1826 [section B]

     

     LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure) LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure) LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)

     

    Ci-dessus, photos extraites d'un site néerlandais très complet et fort bien documenté sur les mottes en Europe dont celles de Normandie : http://www.basaarts.nl/vraagbaak.php

     

         1986 : « GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle du Pin (Coord. Lambert : 488,600 x 2452,550). — La première campagne de fouilles avait porté essentiellement sur les réoccupations du bas Moyen Age et des périodes post-médiévales. Les niveaux d'occupation reconnus concernaient les activités domestiques d'un groupe humain dont les conditions d'habitat restaient à préciser. La campagne 1985 aura permis de définir en partie cet habitat. L'an passé, des structures de plein air avaient été mises au jour : fours domestiques et aire de circulation, dans un site ruiné, avec récupération des matériaux de construction de bâtiments antérieurs. Un habitat correspondant à cette séquence a été reconnu, il s'agit d'un bâtiment préexistant, réaménagé pour la circonstance. Appuyé sur un gros mur de silex nettement plus ancien, qui en constitue le mur sud, ce bâtiment est fait de trois murs en torchis sur solin de silex dont un a été l'objet de soins particuliers lors de sa réalisation, antérieure aux solins nord et est. Aucune trace de structure en bois n'a été décelée. Ce bâtiment, de 4,50 x 8 m environ, aurait pu être construit sans colombages comme il en existe encore en élévation près du site archéologique (bâtiments de fermes à Grosley et à Bare). Il était couvert de tuiles « à crochet » ou « à cheville », avec une prédominence bien marquée pour le premier type. Cette phase de l'occupation du site paraît être comprise entre 1400 et 1550 environ. Cette réoccupation fait suite à un abandon du site dans la seconde moitié du 14e s. qui n'a pas dû excéder deux ou trois décennies et a entraîné la destruction partielle des bâtiments et un dépôt humifère. L'habitat antérieur était constitué de deux bâtiments rectangulaires adossés de part et d'autre d'un gros mur de silex déjà mentionné. Là encore, outre le mur en silex, l'ossature se compose de solin en silex, blocs de calcaire marneux et grison (brèche sédimentaire formée d'un agglomérat de silex à ciment silico-ferrugineux), avec élévation en torchis et couverture de tuiles. Chacun de ces bâtiments était doté d'une cheminée monumentale. Le bâtiment sud était prolongé, sur son pignon ouest, par un petit appentis. La chronologie relative établie et les caractères typologiques de la céramique permet de situer cette séquence à la fin du 13e s. et au 14e s. En fait, ces deux constructions succédaient à un important bâtiment rectangulaire de 11 X 16 m. Lui-même fait suite à une construction plus ancienne dont un mur arasé a été reconnu. Pour ces deux derniers états, le matériau essentiel est le silex ; ce mode de construction a nécessité l'édification de murs épais (de 0,90 m à 1,10 m). Les conditions météorologiques du mois d'août, très défavorables au travail de terrain, n'ont pas permis la fouille des niveaux d'occupation correspondant à cette séquence ; toutefois, quelques observations ont pu être faites : un incendie a affecté cette zone et la céramique recueillie autorise à placer cette phase aux 12e et 13e s. Les deux premières campagnes auront permis d'appréhender l'évolution de l'habitat dans la zone considérée tant au point de vue conceptuel que technologique. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre). » [2]

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)     1987 : « GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle du Pin (Coord. Lambert : 488,600 x 2452,550). — La campagne de fouilles de 1986 avait deux objectifs : poursuivre l'étude de la basse cour et commencer la fouille de l'enceinte principale de la résidence seigneuriale. Dans la basse cour, les deux premières années de fouilles ont révélé des constructions de types différents selon la séquence d'occupation considérée — maisons en torchis sur solins de silex et constructions plus massives à gros murs porteurs en silex. L'extension des surfaces en fouille d'une part, la poursuite des décapages en profondeur d'autre part, auront permis de mettre en évidence de nouvelles structures verticales. Un petit bâtiment de 7,50 x 5,70 m, avec des murs en silex et chaînages de grison, s'appuie sur le rempart sud ; ce dernier en constituant un des éléments porteurs. La fouille de ce bâtiment a permis de reconnaître la structure du rempart. Il s'agit, en fait, d'un mur-glacis en silex, parementé sur la face interne, en glacis vers l'extérieur. Compte tenu du volume de son éboulis, la hauteur de ce mur-glacis devait être supérieure à 2,50 m (il est conservé sur une hauteur moyenne de 1,80 m). Ce procédé d'édification permettait l'intégration du rempart défensif dans l'architecture des bâtiments construits sur le pourtour de la basse cour. Ce rempart s'est écroulé lors de l'avant dernière séquence d'abandon du site puisque les dernières couches d'occupation recouvrent la base de l'éboulis. Des structures de bois ont été mises au jour. Outre un trou de poteau ne se rapportant pas à une structure connue à ce stade de la fouille, une tranchée de sablière basse témoigne d'un mur pignon vraisemblablement en torchis et bois ; ce mur fermait par l'Ouest un grand bâtiment en «L ». L'horizon archéologique antérieur aux couches d'occupation de ce grand bâtiment a livré un four domestique de plan hexagonal, en tuileaux. La céramique qui lui est associée est du type « vases à lèvres en bandeau », non vernissée. Second pôle de cette campagne de fouilles, l'enceinte circulaire principale a été l'objet de recherches dans le quart nord-ouest, incluant le rebord de la plate-forme et les deux premiers mètres de pente vers le fossé ceinturant l'enceinte. L'examen externe du site nous avait conduits à évoquer la présence d'une fortification de type «shell-keep ». La fouille a confirmé l'observation et mis en évidence une enceinte maçonnée de plan polygonal, ceinturant la plate-forme sommi-tale. D'une épaisseur de 1,90 m à 2,00 m, elle est édifiée en silex et pierres calcaires taillées dans les angles internes et externes de la chemise. Un passage pratiqué dans l'enceinte, au Nord, permettait d'accéder à une plate-forme large de 1,20 m environ. Ce passage est, par ailleurs, le point de départ d'un escalier en pierres taillées inséré dans l'épaisseur du rempart. À 6,50 m vers l'intérieur de la résidence ainsi circonscrite, un mur de 1,20 m d'épaisseur, à pans coupés, délimite des bâtiments disposés en couronne. Un seul de ces bâtiments est en fouille à ce jour. D'une forme très irrégulière (juxtaposition de trapèzes quelconques), il est fermé par des murs rayonnants non jointifs avec le rempart extérieur, afin de permettre la circulation des occupants. Dans le mur intérieur, une fenêtre à large embrasure éclairait la pièce du rez-de-chaussée. Elle est agrémentée de deux bancs en pierres placés en vis-à-vis convergeant vers l'allège. Cette allège est en sur-épaisseur (0,20 m) par rapport au mur recevant la baie. Le sol de la fenêtre est surélevé de 0,60 m environ du sol d'occupation du bâtiment, sol de terre battue. En l'état de nos recherches, une approche chronologique fine serait, pour le moins, hasardeuse. La céramique s'apparente aux types les plus anciens mis au jour dans la basse cour et, peut-être, à la céramique de l'enceinte de Sébécourt, distante d'une dizaine de kilomètres. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre). » [3]

     

         1988 : « GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle du Pin (Coord. Lambert zone II 488,600 x 2 452,550). — La quatrième campagne de fouilles sur le site de la Chapelle-du-Pin avait pour objectifs l'étude du système d'accès à la basse-cour de la résidence seigneuriale et l'exploration du secteur N.O. de la basse-cour, nonobstant la poursuite des recherches entreprises les années précédentes, habitats du bas Moyen Age et plate-forme sommitale de la motte. L'étude de l'accès à la basse-cour fut réalisée sur une surface de 240 m2 et permet d'appréhender sa configuration. Il est pratiqué au milieu du rempart d'enceinte oriental, long de 60 m environ. Dans son état originel, il s'agit d'un goulot rentrant, large de 3,20 m constitué par un retour à angle droit du mur d'enceinte sur une longueur de 5,50 m. L'épaisseur des deux murs constituant ce goulot est identique à celle du mur ceinturant la basse-cour : 1,80 m. Ils sont édifiés en silex taillés, les angles sont renforcés de blocs taillés soit en calcaire, soit en grison (conglomérat siliceux à ciment silico-ferrugineux du Pays d'Ouche). Antérieurement à la seconde moitié du 14e s., les deux murs rentrants ont été prolongés sur une longueur de 4,70 m mais, cette fois, ces murs n'ont plus que 1,20 m d'épaisseur. Ils forment donc un ressaut de 0,60 m avec les murs antérieurs. L'extrémité de chacun d'eux est formée par un contrefort élevé en blocs calcaires taillés. Ce passage obligé pour accéder à la basse-cour a, alors, une longueur de 10 m environ. Au cours du 14e s., lors de la réoccupation du site, ces murs, conjugués au rempart d'enceinte, vont constituer les bases pour l'édification de deux maisons d'habitation situées de part et d'autre du couloir d'accès ; pour ce faire, des solins de silex seront construits, supportant des murs d'argile de 0,30 m à 0,40 m d'épaisseur. Les deux habitats ainsi délimités ont pour dimensions : 8 m x 4,50 m et 8 m x 4 m.

         Dans le secteur N.O. de la basse-cour, l'examen externe du site laissait présager des structures maçonnées importantes. La fouille a révélé un bâtiment de grandes dimensions. Les mesures intérieures sont, seules, connues avec précision : 6,55 m x 14,20 m. Ce bâtiment est orienté E.-O. Il est adossé au mur d'enceinte nord de la basse-cour, qui en constitue l'un des murs porteurs. Le mur pignon ouest jouxte le fossé ceinturant la motte. Le mur goutterau sud a une épaisseur de 1 m. Le parement intérieur de ce dernier présente un ressaut en retrait de 0,15 m, lissé au mortier. Ce ressaut est situé à 1,20 m au-dessus du sol intérieur du bâtiment. Il diminue d'autant l'épaisseur du mur sud dans sa partie supérieure. On accédait à cet édifice par une porte monumentale aux pieds-droits très ouvragés. Ce bâtiment, antérieur au 14e s., ne fut pas réoccupé au bas Moyen Age où les paysans n'ont pas réutilisé les ruines, sinon comme carrière de pierres. Cette construction est la plus soignée actuellement mise au jour. La grande quantité de blocs calcaires taillés, certains en voussoirs, permet d'envisager des ouvertures en plein cintre. L'absence de mobilier archéologique, le soin apporté à la construction, la présence de dizaines de boules de déjection de rapace, nous ont conduits à l'hypothèse d'un édifice cultuel plutôt qu'à vocation d'habitat. Peut-être avons-nous, là, la chapelle castrale de l'ensemble seigneurial ? Commencée en 1986, la fouille de la résidence seigneuriale proprement dite a livré une cheminée monumentale engagée dans le mur intérieur du bâtiment mis au jour l'an passé. Conservée sur une hauteur de 1,50 m, le contre-cœur a une largeur de 2,86 m. La sole est en tuileaux, sa profondeur est de 1 m. La campagne de 1987 confirme l'existence d'une organisation des constructions de la plate-forme sommitale de la motte selon le type « shell-keep ». L'occupation de ce bâtiment semble avoir perduré jusqu'au premier tiers du 13e s. Au terme de ces quatre années de recherches, les grandes séquences d'occupation de ce site sont connues pour la période postérieure à la seconde moitié du 12e s. L'abondant matériel céramique recueilli permet de sérier des phases d'évolution corrélativement à ces séquences. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre). [4] 

     

          1989 : GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle du Pin (Coord. Lambert zone II 488,600 x 2452,550). — La programmation des recherches sur le site de la Chapelle du Pin a été modifiée suite à l'autorisation pluri-annuelle délivrée en 1988. L'obstacle majeur opposé aux recherches réside dans la masse de matériaux provenant de l'effondrement des structures d'habitat sur la résidence seigneuriale proprement dite. La topographie de cette dernière interdit toute aide mécanisée sans aménagement fort coûteux. S'agissant de la basse-cour, là où l'accès aisé permettrait l'intervention d'engins de terrassement, l'expérience de nos fouilles montre que la répartition des bâtiments d'une part, la nature des structures — petits solins de silex affleurant parfois sous le couvert végétal — d'autre part, rendent aléatoire, voire impossible, l'appel à ces techniques de fouilles. Seuls les abords extérieurs pourraient être traités mécaniquement, avec toutefois quelques réserves puisque la campagne de fouilles de 1988 a livré un important dépotoir contre le parement extérieur du rempart. La campagne fut donc essentiellement orientée vers les travaux de terrassement afin de libérer des surfaces de fouilles en décapage de grande surface.

         Néanmoins, ceux-ci auront permis de dégager le bâtiment principal de la résidence seigneuriale déjà signalé dans cette chronique (Archéologie Médiévale, t. 16 (1986) et t. 17 (1987)). Ce bâtiment présente un plan selon un secteur polygonal. Sa longueur développée est de 27 m pour une largeur moyenne de 6,50 m. Deux escaliers, dont un rapporté lors des derniers aménagements du bâtiment, révèlent l'existence d'un étage au moins. Le rez-de-chaussée est doté d'une cheminée monumentale ; trois fenêtres ouvertes sur l'espace intérieur de l'enceinte assurant un médiocre éclairage. Deux portes pratiquées dans les murs rayonnants, aux extrémités ouest et est du bâtiment, en étaient les seuls moyens d'accès. Les murs étaient enduits sur leur face interne ainsi que les parements de tous les passages piétonniers. Un conduit horizontal de section carrée, fait de tuiles plates, parcourt le mur rayonnant est ouvert sur l'intérieur du bâtiment d'une part et sur une porte d'autre part, sa fonction demeure énigmatique. En aucun cas, il ne peut s'agir d'une canalisation d'évacuation d'eau. Le mobilier recueilli place l'abandon de ce bâtiment dans le premier quart du 13e s. Aucune occupation postérieure n'est notée ; le bâtiment était totalement effondré, les murs éboulés, dans le premier quart du 15e s. comme en témoignent les objets mis au jour sur la couche supérieure des éboulis, fortement hydromorphisée. Dans la basse-cour, plusieurs nouvelles unités d'habitat ont été reconnues. Soit qu'elles appartiennent aux deux séquences de réoccupations villageoises soit qu'elles constituent les éléments domestiques de la résidence seigneuriale. Le bâtiment situé au N.O. de la basse-cour est fouillé, mis à part un quart de sa surface intérieure laissé comme témoin. Une rangée de pierres calcaires taillées délimite deux secteurs à l'intérieur de ce bâtiment. Sa configuration et l'absence de mobilier nous amènent à envisager, ici, la chapelle castrale. Ruiné avant les réoccupations paysannes, il ne fut pas réutilisé, pas même comme source de matériaux alors que les éléments architecturaux de qualité abondaient. Un très grand bâtiment, adossé au rempart nord de la basse-cour, a été partiellement reconnu. Ses dimensions, encore approximatives, seraient de 12 m de largeur pour une longueur dépassant 25 m. Il était muni d'une grande porte à deux battants d'environ 5 m d'ouverture. Un des vantaux a laissé les traces des ouvertures successives par l'usure des pierres de seuil. Le mobilier archéologique recueilli au cours de cette campagne couvre surtout les deux dernières phases d'occupation, séquences au cours desquelles le site fut investi par une communauté paysanne, extension probable du village jouxtant la basse-cour par l'est. Le mobilier corrobore nos précédentes hypothèses quant à l'approximation chronologique de l'abandon du site. Celui-ci se situe à la charnière des 15e s. et 16e s. Enfin, un sondage effectué dans le secteur S.E. de la basse-cour a permis de mettre en évidence un sur-sol sur deux mètres carrés environ. Très cendreux avec de gros fragments de charbon de bois, il a livré une trentaine de tessons de céramique. Un premier examen de cette céramique, en particulier des cols et des lèvres, situe celle-ci au 12e s., voire pour certains types de bandeaux précoces, au 11e s. Cet horizon, nettement sous-jacent aux bâtiments maçonnés classés dans la dernière phase de l'occupation seigneuriale, pourrait être contemporain de l'établissement de la famille du Pin en cet endroit au cours du 11e s. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre). » [5]

     

         1990 : « GROSLEY-SUR-RISLE (Eure). La Chapelle du Pin (Coord. Lambert zone II : 488,600 x 2452,550). — La sixième campagne de fouilles sur le site de la Chapelle du Pin fut orientée selon deux axes de recherches principaux : la résidence seigneuriale d'une part, la prise de possession par une communauté paysanne du château abandonné et la création corrélative d'une extension du village jouxtant la résidence d'autre part (cf. Archéologie Médiévale des années précédentes). La résidence seigneuriale. Outre la fouille du grand bâtiment du shell-keep poursuivie cette année, l'étude du système d'accès à la plate-forme sommitale depuis la basse-cour fut commencée. Les premiers résultats obtenus confirment l'hypothèse d'une tour-porte située à l'est de la plate-forme. Il serait prématuré d'exposer le processus d'accès, néanmoins nous percevons déjà sa fonction de sas avec une ouverture à l'étage ; ce dernier se trouvant de plein-pied avec l'espace intérieur de l'enceinte. Si cette ouverture est unique, on pénétrait dans la résidence proprement dite par le bâtiment sud (reconnu mais non fouillé). La fouille du grand bâtiment (Archéologie Médiévale, t. 19 (1989)), confiée à un groupe d'étudiants en archéologie de l'université de Barcelone, a mis en évidence un cloisonnement rayonnant à l'intérieur de ce bâtiment. La cloison reconnue est située à droite de la cheminée et près d'une fenêtre. La cloison est révélée par une différence de niveau des deux secteurs d'habitat ainsi délimités, par des silex répartis régulièrement sur son tracé et par de nombreux clous de 4 à 6 cm de longueur. Il est donc vraisemblable que cette cloison était faite de planches uniquement, peut-être sur un bâti de bois. La répartition spatiale des clous révèle que cette cloison bascula vers l'ouest. Dans la basse-cour, la progression des décapages permet de suivre l'évolution des bâtiments, tant pour les séquences seigneuriales que villageoises. On a pu noter plusieurs changements de plan au sol soit par adjonction soit par suppression de murs. Seule la chapelle castrale semble avoir gardé un plan constant durant toute son utilisation.

         Cette campagne a, par ailleurs, mis en lumière les modes de couverture des bâtiments. Hormis le bâtiment résidentiel de la motte et la chapelle, couverts de tuiles dans la dernière phase d'occupation, les bâtiments domestiques de la basse-cour ont dû recevoir une couverture légère (végétale ou bardage de bois).

         L'occupation paysanne. La campagne de fouilles 1989 a mis en évidence une nouvelle maison paysanne dans le secteur N.O. de la basse-cour. Edifiée selon le schéma traditionnel à Grosley (cf. Archéologie Médiévale des années antérieures), elle est de dimensions plus petites (6,50 m x 3,10 m). Elle jouxte une autre habitation déjà reconnue, aménagée à partir d'un bâtiment préexistant. La dernière occupation de ce groupe d'habitations est bien datée par les découvertes monétaires : deuxième moitié du 15e s. L'extension des décapages du secteur S.E. de la basse-cour nous permit de reconnaître une première séquence d'occupation paysanne. Elle témoigne vraisemblablement du premier établissement villageois dans la basse-cour. Il s'agit, en l'état de nos recherches, de deux bâtiments adossés côte-à-côte au rempart est de la basse-cour. Les dimensions de l'un sont connues : il est de plan carré ayant 5 m de côté. Ils n'étaient pas couverts de tuiles. La fouille de ces habitations révèle que l'occupation fut brève et précéda immédiatement l'édification des maisons paysannes de l'extension villageoise proprement dite. Sans doute avons-nous là, révélée par ces deux bâtiments, la première tentative d'appropriation de la basse-cour par les paysans pour étendre leur village. (Responsable de la fouille : Pierre Lemaitre). » [6] 

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)

     

    Ci-dessus, document extrait du PDF : "Révision du plan d'occupation des sols, élaboration du plan local d'urbanisme, Porter à la connaissance de l'état, août 2013, Commune de Grosley-sur-Risle : le patrimoine historique et bâti, page 22. http://www.eure.gouv.fr/content/download/8024/45747/file/Grosley%20sur%20Risle.pdf

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         Un autre château fort des 14e et 15e siècles (?) se dressait près de la Risle au lieu-dit le Vieux-Château.

     

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      Ci-dessus : à gauche ruines du Vieux-Château de Grosley-sur-Risle, photo extraite de https://www.communes.com/photo-grosley-sur-risle,23993 ; à droite un plan extrait du cadastre napoléonien de 1826 [section A]

     

    A proximité, à Grosley-sur-Risle :

     

    LES REMPARTS DE GROSLEY-SUR-RISLE (Eure)    « L'église Saint-Léger (11e, 15e, 16e et 17e) Inscrit MH (1954). L'église a été construite au 12e siècle (mur sud) ; le mur nord a été reconstruit au 15e siècle ; la façade, le chevet et la charpente datent du 16e siècle et la sacristie du 18e siècle. » [7]

     

    Sources :

     

    [1] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle-du-Pin. In: Archéologie médiévale, tome 15, 1985. pp. 272-273; https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1985_num_15_1_1158_t1_0272_0000_1

    [2] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle du Pin. In: Archéologie médiévale, tome 16, 1986. pp. 217-218;https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1986_num_16_1_1179_t1_0217_0000_3

    [3] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle du Pin. In: Archéologie médiévale, tome 17, 1987. pp. 239-240;https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1987_num_17_1_1197_t1_0239_0000_2

    [4] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle du Pin. In: Archéologie médiévale, tome 18, 1988. pp. 360-361;https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1988_num_18_1_1220_t1_0360_0000_2

    [5] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle du Pin. In: Archéologie médiévale, tome 19, 1989. pp. 331-332;https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1989_num_19_1_963_t1_0331_0000_2

    [6] Extrait de Lemaître Pierre. Grosley-sur-Risle (Eure). La Chapelle du Pin. In : Archéologie médiévale, tome 20, 1990. pp. 411-412;https://www.persee.fr/doc/arcme_0153-9337_1990_num_20_1_982_t2_0411_0000_2

    [7] Extrait de Wikipédia

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