• LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)     « Carentan occupe une position particulière ; c'est un point de passage important au cœur d'une région autrefois difficile. A la base de la presqu'île du Cotentin s'étendaient des marais qui constituaient un important obstacle naturel. Par ailleurs, un peu plus à l'est, il n'y avait pas de pont sur la Vire de Saint-Lô jusqu'au sud de la baie des Veys. L'accès dans la presqu'île se faisait par Saint-Côme-du-Mont qui aurait été une bourgade gallo-romaine importante. A l'est de la Vire se trouve Isigny. Entre les deux, une longue bande de terre domine le marais jusqu'à Saint-Hilaire-Petitville. A l'Ouest de cette dernière localité, un îlot aurait vu l'établissement d'un village gaulois _ Carantomagos qui signifiait le "beau marché" ou le "marché de Carentos". Le nom indique déjà que ce premier habitat est relativement important, il a une fonction de foire ou de marché. C'est un carrefour : vers Bayeux (Augustodurum) à l'est, par Isigny ; vers Saint-Lô (Briovera) au sud ; vers Valognes (Alauna) au nord. Entre Saint-Côme-du-Mont et Carentan, le marais est un large obstacle et le passage est précaire. Cet environnement aquatique sera une protection mais aussi rendait les conditions de vie plus difficiles.

         "Cette ville est dans un fond, au milieu des marais, des prairies et des eaux : on n'y voit presque jamais le soleil qu'il ne soit dix ou onze heures de matin, à cause des effroyables brouillards que causent ces diverses eaux et marais, qui le dérobent aux yeux, et qui enveloppent Carentan presque continuellement. (...) Carentan est fort petit : ses murailles, en y comprenant le château, ne renferment pas plus de trois ou quatre acres de terre. Il y a deux faubourgs, l'un au levant et l'autre au couchant : ils sont assez peuplés, aussi bien que la ville.
" (René Toustain de Billy, 18e siècle)
         Ce rôle de cité carrefour et marché en fera rapidement une ville forte (après 1240), il n'y en avait pas beaucoup dans la région alentour : Bayeux, Saint-Lô. Le gros village gallo-romain sera occupé aussi par les vikings puis, ce secteur est en suite rattaché au duché de Normandie en 933.

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche) LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

    A gauche, carte postale montrant les maisons à arcades de la place de la République ; à droite, gravure de 1845 montrant la "porte de Paris" [il s'agit de la porte Saint-Hilaire ou de Gièmare avec le donjon du château visible à gauche ] 

     

         En 1106, le roi Henri Ier Beauclerc y séjourne et en 1199 puis en 1200, Jean Sans Terre. En 1203, Carentan ouvre ses portes au roi de France. Saint-Louis y séjourne à son tour en 1240 et ordonne d'y faire construire " une ceinture de rempart ". Ce roi y revient en 1256.

    Durant la guerre de Cent Ans, le roi d'Angleterre, Edouard III, débarque avec son armée à la Hougue (Saint-Vaast), le 1er juillet 1346 et se présente le 20 juillet devant Carentan. Si la population civile se rend alors au roi d'Angleterre, les soldats se retranchent dans le château " qui était très fort, fut vendu au anglais, après deux jours de résistance par deux chevaliers, Roland de Verdun et Nicolas de Grouchey ". Ceux-ci seront ultérieurement décapités sur ordre du roi de France pour "traîtrise". 
La ville est alors en partie brûlée. Par ailleurs, suite à une conjuration, Geoffroy d'Harcourt, Guillaume Bacon, Jean de la Roche Tesson et Richard de Persy, sont arrêtés à Saint-Lô et exécutés ce qui aurait soulevé la colère du roi Edouard III d'Angleterre qui aurait fait mettre Carentan au pillage, abattre les maisons des notables, démolir les fortifications et brûler le château, ne respectant que l'église. Les troupes du roi de Navarre occupent ensuite Carentan. En 1364, Bertrand du Guesclin reprend la cité en faisant creuser un tunnel menant jusqu'à l'église. Mais Carentan sera repris par les anglais et leurs alliés Navarrais. Les Anglais rendront la place en juillet 1375 suite au siège mené par Jean de Vienne. La ville change de mains plusieurs fois encore pendant cette longue guerre, mais reste ensuite longtemps sous le contrôle anglais. Le 23 février 1419, le roi Henri V met l'entretien des murailles de Carentan à la charge des habitants. Vers 1440, commence la reconstruction de l'église Notre-Dame. Vaincus, les anglais quitteront le Carentan après le siège de septembre 1449 mené par l'armée bretonne soutenue par un contingent de Saint-Louis. La paix revient alors, elle durera plus d'un siècle. L'opulence revient. L'église sera terminée au début du 16e siècle. Le roi François Ier passe à Carentan au printemps de 1532 puis éclatent les guerres de religion. En mai 1562, sous la conduite d'Henri-Robert aux Épaules, seigneur de Sainte-Marie-du-Mont qui soutient la cause réformée, les Protestants se réunissent à Carentan et lèvent une armée de 700 cavaliers et 1500 hommes à pied. Les protestants sont sous les ordres de Montmorency, installé à Bayeux et qui tient Carentan. La noblesse fidèle au roi suit le duc de Bouillon qui tient Caen. Le parti catholique opposé aux Protestants, sous les ordres de Matignon, tient Valognes et Cherbourg. La guerre civile règne dans la région. En mars 1563, Charles IX signe un édit de pacification ; Carentan est attribuée aux Protestants comme "place de sûreté".
 En mars 1574, Montgomery s'empare de Carentan. Les Protestants de Carentan ravagent la ville. Mais, Matignon se porte sur Carentan qui capitule le 28 juin 1574.
La place est maintenant sous le contrôle des Catholiques. L'assassinat du duc de Guise, en 1588, relance les hostilités. Le protestantisme s'éteint progressivement et la révocation de l'Edit de Nantes survient en 1683.


     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)     Le 22 juin 1786, le roi Louis XVI, accompagné du duc de Coigny, passe à Carentan alors qu'il se rend à Cherbourg ; les clés de la ville lui sont remises par le gouverneur, M. d'Auxais. La Révolution se passe dans le calme, mais si l'opinion républicaine s'était d'abord largement répandue, l'esprit de modération régnait et supporta difficilement l'agitation furieuse des Jacobins et de la Terreur.
    [ Plan ci-dessus de la ville de Carentan daté de 1754 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550031935/f1.item.r=Fortifications%20Normandie ]

     

         L'arrivée au pouvoir de Bonaparte amena un certain soulagement. Et, le 25 mai 1811, Napoléon Ier s'arrête à Carentan en se rendant à Cherbourg ; comme Louis XVI un quart de siècle plus tôt, le grand port militaire entrait dans ses préoccupations. Il s'attachera à l'assèchement des marais, entrepris à plus grande échelle au cours du 18e siècle mais qui se renforce considérablement le 6 mars 1809, quatre cents prisonniers espagnols avaient été envoyés pour accomplir ces durs travaux ; ils creuseront l'actuel canal du Haut Dick, le canal des Espagnols, etc... 
 

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)      Avec le drainage de toute la région puis des liaisons routières rapides, la construction du pont sur la Vire, Carentan voit, au cours du 19e siècle, sa position de carrefour renforcée, au milieu d'une région herbagère. Actuellement, les travaux entrepris sous Napoléon ont permis l'installation d'un agréable port de plaisance et le marais environnant permet la découverte d'un riche environnement naturel préservé. » [1]

    Gravure ci-dessus extraite du site : http://billiau.chez.com/Carentan/Ancien/Chateau/fortific.htm

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)Le château de Carentan :

         « On ne sait pas de quelle période date le château de Carentan, mais il est certain qu'il existait au 12ème siècle, par contre les douves et l'enceinte du château ne furent bâties qu'au cours du 13ème siècle, on relève qu'à ce moment, la baronnie du Hommet et la seigneurie de Méautis dépendaient alors du château de Carentan.

    Gravure ci-dessus extraite du site http://billiau.chez.com/Carentan/Ancien/Chateau/fortific.htm

         La ville et son château, relevant du domaine du duc de Normandie, puis du domaine royal, n'eurent jamais de seigneur. Le château n'aurait jamais était la propriété d'un particulier, mais fut un bastion sous les ordres d'un capitaine gouverneur.

         Aux environs de 1346, Edouard III d'Angleterre par vengeance pour trois seigneurs du Cotentin, aurait brulé le château. Au cours des guerres celui-ci serait souvent passé aux mains des anglais qui l'occupèrent, mais toujours repris par les français et c'est le 26 septembre 1449, qu'il revint définitivement au roi de France Charles VII

         Le château devenant vétuste, il échappera plusieurs fois à la démolition et c'est en 1689 seulement qu'une grande partie fut démolie ; seul le donjon et une partie de la forteresse furent consevées.

         Le 13 mai 1854, on relève qu'on vota "la démolition de l'enceinte du vieux château et de la courtine. » (...)

    Les fortifications de Carentan :

         « La ville de Carentan, était enfermée à l'étroit dans ses fortes murailles ; celles-ci étaient longées sur trois cotés par de larges fossés, et sur le coté nord derrière l'église. par une rivière. les fortifications comportaient six bastions.

         Il n'existait que deux sorties, à pont-levis, une à l'ouest, porte Holegate ou Demi-lune de Saint-Comes, l'autre à l'est, porte de Gièmare ou de Saint-Hilaire ; par la suite une troisième petite porte aurait été ouverte au nord entre le bastion de l'hôpital et celui du nord-est, dite porte de Quiquengrune ou Quicangroigne.

         En 1440, la muraille qui était à la charge des habitants, fut relevée.

         En 1595, le roi donnait ordre de détruire les fortifications et le château, la résistance des échevins de Carentan, firent que rien ne fut démoli.

         Les remparts par manque d'entretien, tombèrent plus ou moins en ruines, et de se fait plusieurs projets de reconstruction furent envisagés, mais n'eurent jamais lieu.

         En 1853, à la suite d'un décret du 31 août 1850 rayant Carentan des places de guerres, les dernières fortifications furent démolies, ainsi que les portes de la ville et les restes du vieux donjon. » [2]

     

    Afficher l'image d'origine   LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

    Plan hypothétique de la ville de Carentan au Moyen Âge ; Blason de Carentan par Syryatsu — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2194129

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

     Plan hypothétique des remparts de la ville de Carentan aux 17-18èmes siècles, peu avant leur démolition.

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)  LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche) LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

    Plan au milieu : "Ainsi se présentait Carentan derrière ses murailles à la fin du Moyen-Age, avec son château (8) la port Saint Côme ou Houlegate (9), la porte Saint-Hilaire (10), l'Eglise Notre Dame (7), entourée par le cimetière, était bâtie le long du rempart. En rouge les zones bâties qui figuraient sur un plan de la ville dressé en 1754. En noir sont les vestiges médiévaux qui sont conservés ; les maisons à arcades (1), maison de la vue Saint Germain (2), cour du n°1 de l'Arsenal (3), le N°10 de la rue du Château (5) et un pignon sculpté (6). © Rodolphe Corbin - Patrimoine Normand" [1]

    A droite : une lithographie ancienne montrant église Notre-Dame de Carentan, vue du nord-est.

     

    LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)  LES REMPARTS DE CARENTAN (Manche)

    Ci-dessus : les Maisons à arcades de Carentan au début du 19e siècle constituent un ensemble unique en Normandie (A gauche : dessin de Wanis - mis en couleur par Francine Gautier © Coll. PATRIMOINE NORMAND [1]  

     

     

    Sources :

    [1] D'après : http://www.patrimoine-normand.com/index-fiche-29727.html

    [2] http://billiau.chez.com/Carentan/Ancien/Chateau/fortific.htm

     

    Bonnes pages :

    http://le50enlignebis.free.fr/spip.php?article2917

    http://billiau.chez.com/Carentan/Ancien/Chateau/chateau.htm

     

         Ci-dessous, document PDF : POUR LA PETITE HISTOIRE : Carentan dans la guerre de Cent Ans par Louis REGNAULT, premier Adjoint au Maire, extrait de http://ville-carentan.fr/wp-content/uploads/2015/12/Carentan-dans-la-guerre-de-Cent-ans-Octobre-2013.pdf

     

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