• LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche) LES REMPARTS DES BIARDS (Manche) LES REMPARTS DES BIARDS (Manche) 

     

           « Les Biards était autrefois un fief de première importance grâce à son château fort, un des plus anciens et formidables de la région, situé dans le site naturel de la vallée de la Sélune, entièrement noyée en 1932 quand se construisirent les barrages. » [1]

     

          La forteresse des Biards, défendant la Normandie face à la Bretagne était comme l'un des anneaux de la chaîne de citadelles qui comprenait le Mont-Saint-Michel, Avranches, Pontorson, Chéruel, Saint-James, Saint-Hilaire (du-Harcouët), Mortain, Le Teilleul et Domfront. Elle a été détruite en 1368 exceptée la chapelle Saint-Nicolas qui fut alors épargnée par les troupes de Du Guesclin. Cette chapelle a aujourd'hui également entièrement disparu. (NDB)

     

          « L'ancienne forteresse des Biars, détruite depuis plusieurs siècles, était à l'extrémité de la paroisse, au bord de la Sélune. On voit encore les traces des retranchements et l'enceinte du château. Il était assez considérable et situé au sommet d'un coteau escarpé presque inaccessible du côté de la rivière. La partie orientale de l'enceinte s'appelle toujours le Château. On y montre la place bien marquée d'une chapelle Saint-Nicolas, et on y tient tous les ans une assemblée le jour de la translation de Saint-Nicolas. » [2] 

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)

     Plan hypothétique de l'emplacement du château des Biards ; ci-dessus, blason de la famille Avenel extrait de http://armorialgeneral.fr/tag/normandie/page/10/

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « Du fait de son importance à l'époque féodale, l'histoire de la paroisse primitive est assez bien connue car étudiée par un grand nombre d'historiens et que l'on peut résumer ainsi. La baronnie des Biards est directement liée aux débuts de la Normandie ducale. Des Avenel des Biards sont signalés à la conquête et la formidable forteresse dominant les gorges de la Sélune était au départ une pièce maîtresse à l'Ouest d'un quadrilatère défensif Tinchebray, les Loges, le Teilleul dont Mortain était le centre.

    Ci-dessus, photo aérienne extraite du site Géoportail.

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     Cette baronnie considérable qui s'étendait fort loin jusqu'à les Chéris, Chalandrey, Marcilly, mais aussi Heussé aux limites du Teilleul, perdit un peu de son importance une centaine d'années plus tard quand, en 1082 (...), Saint-Hilaire, mieux placée juste aux frontières de la Bretagne et du Maine, prit de l'importance. Un phénomène à rapprocher de celui de la forteresse de Charuel (Sacey) quand Pontorson autre « ville nouvelle » bénéficia des générosités ducales (exemptions d'impôts, justice ducale directe) pour inciter l'économie à démarrer dans une province bien structurée jusqu'à sa prise par le roi de France Philippe-Auguste un peu plus tard en 1202.

    Ci-dessus, plan extrait du cadastre napoléonien de 1825 ; Archives de la Manche, http://www.archives-manche.fr/

     

    Les grands barons des Biards

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     Sous les premiers ducs de Normandie, cette baronnie, avait pour vocation de prendre la suite de la ligne établie sur le Couesnon contre les incursions bretonnes et de défendre l'étroit défilé allant en gros, de Ducey à Saint-Hilaire, là où s'étale encore pour quelques temps le plan d'eau des barrages. En face, c'était la « Terre gaste » ou terre dévastée, vaste « no man's land » ce glacis sur lequel s'opéraient les allées et venues des Bretons et des Normands.

         Cette baronnie, point stratégique de la ligne de défense normande devait donc être confiée à des hommes sûrs et il n'est pas étonnant que le premier sénéchal du château construit autour de l'an Mil soit Guillaume Avenel. Participant à la Conquête de 1066, il était d'ailleurs, l'année précédente, de l'expédition contre le duc breton Conan de Dol dont les empiètements étaient continuels sur cette frontière mouvante. » [1]

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « Sous le règne de Guillaume le Conquérant, le seigneur des Biars portait un nom de famille, chose assez rare alors : il s'appelait Avenel et il figure sur plusieurs listes. Quelques-unes le désignent simplement sous le nom de sire des Biars ; mais c'est évidemment un Avenel. Le poête Wace suffit pour éclaircir les doutes. Voici comme il en parle :

    D'Avrancin i fut Richars
    Ensemble od li cil des Biars

    Il ajoute un peu plus bas :

    Des Biars i fiers Avenals.

          Dans plus de vingt chartres du carlulaire de Savigny on voit que les Avenels possédèrent les Biars durant à peu près tout le 12e siècle. On y trouve particulièrement le nom de Guillaume Avenel (Biarzensis), sénéchal du comte de Mortain, depuis 1150 jusqu'en 1191. On y voit aussi fréquemment les noms des trois fils de ce sénéchal. Ils s'appelaient Nicolas Roland et Olivier.

         Au commencement du 13e siècle, Guillaume de Vernon, qui avait épousé la fille de Guillaume Avenel, prit le titre de baron des Biars. (...) » [2] Ci-dessus, blason de la famille Avenel extrait de http://armorialgeneral.fr/tag/normandie/page/10/

     

         « En 1096, l'évêque Turgis d'Avranches ayant prêché la croisade, se retrouvèrent sous les murs de Jérusalem, trois preux chevaliers des Biards : Guillaume et Fraslin Avenel, Geoffroy Ferrey. Malheureusement, lors de la succession du Conquérant, les Avenel ayant pris le parti des adversaires du futur gagnant Henri Beauclerc, le château fut détruit et le fief remis à un de ses fidèles, François de Subligny, future victime du naufrage de la Blanche nef en 1120. » [1]

     

         « Après la bataille de Tinchebray, perdue en 1106, par Guillaume II, fils de Robert Ier, de Mortain, Robert de Vitré, fils d'André, neveu par conséquent de Guillaume II, réclama le comté de son oncle, emprisonné en Angleterre. Il vint même disputer ce comté à Etienne de Boulogne qui en avait été investi par le roi d'Angleterre, Henri Ier.
         Le baron des Biards soutint les prétentions de Robert de Vitré et battit le comte Etienne. Celui-ci, revenu avec une armée plus forte, chassa de ses terres, Robert de Vitré, et rasa le château des Biards. Relevé peu après, ce château fut plusieurs fois attaqué au15e siècle... » [3]

     

         « Malgré tout, le fief revint une cinquantaine d'années plus tard aux Avenel, un autre Guillaume, personnage considérable, sénéchal de tout le comté d'Avranches de 1150 à 1191 obtiendra d'y ajouter, grâce à l'appui du fameux abbé du Mont Robert de Torigni, l'important fief du Mesnil-Adelée. Son fils Robert Avenel est en 1189 de la troisième croisade et à l'origine de la fameuse légende d'Avoise, inventée il faut bien le dire par H. Sauvage et dont nous parlons par ailleurs. » [1]

     

         « Sous le règne de Philippe-Auguste, Rolland Avenel se trouve sur la liste des chevaliers bannerets de Normandie.

         En 1329,un Guillaume Avenel, baron des Biars et d'Amfréville, avait cette dernière baronnie, située dans l'arrondissement de Valognes. Elle lui appartenait du chef de sa femme, fille de Guillaume de Cailletot et de Marie de Vernon.» [2]

     

         « En 1204, lorsqu'il fallut choisir entre la France et l'Angleterre, la famille se divisa. Même chose pendant la guerre de Cent Ans où Robert Avenel disparaissant en 1380, la baronnie se partagea entre ses deux filles : l'une, épousant le sieur de la Champagne en Plomb et l'autre le sieur d'Amfréville qui fera relever les murailles du château détruit en 1368 par du Guesclin. (...)

         Le château ayant été démantelé en 1368 par les garnisons de Champeaux et Genêts aux ordres de du Guesclin, on peut penser que l'église primitive fut elle aussi brûlée dans ces parages et qu'il y eut une entente entre les paroissiens et le prieuré dont la chapelle dut servir provisoirement d'église. » [1]

     

         « Guillaume de Sotherel, qui avait la baronnie des Biars en 1415, en fut dépouillé vers 1419 par Henri V. » [2]

     

         « Sur la liste des 119 gentilshommes qui défendirent le Mont St.-Michel,en 1423, le sieur des Biards est le 14e » [4]

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « ... ce château fut plusieurs fois attaqué au15e siècle, et en particulier, en 1418. Les Anglais s'en étant emparés, le démantelèrent. Fut-il restauré quand on le rendit à François le Soterel, fils de Guillaume, défenseur du Mont-St-Michel ?
    Nous l'ignorons... Mais François, devenu chambellan de Louis XI, l'habita peu, ses héritiers encore moins, et, avec le temps, la forteresse tomba complètement en ruine. Ce fut, pour la localité, une perte considérable, car, après la disparition de ce château, elle diminua de jour en jour d'importance et de grandeur. De là ce dicton, souvent rappelé en présence d'une fortune qui disparaît :

    C'est comme la Ville des Biards
    Qui décadit chaque jour d'un liard.

         Par le mot Ville, il faut entendre, non la commune entière des Biards, mais simplement le village du château qui porte encore le nom de Ville. On donnait généralement ce nom aux anciennes forteresses, et nous le retrouvons aux châteaux de Fougères, du Teilleul, de Tinchebray et de Condé-sur-Noireau. » [3] 

     

         En 1463, le possesseur de cette baronnie se nommait Guérin. » [2]

     

         « Le fief doit à sa situation de frontière avec la Bretagne un certain renforcement en 1469 sous Guyon des Biards et de beaux mariages pour ses fille et petite-fille ; la première avec Jean de Tardes, échanson royal et la seconde en 1517 avec Nicolas de Mouy, sieur de la belle forteresse royale de Chinon. » [1]

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « En 1539 elle était passée par mariage à Nicolas de Mouy.

         Charles de Mouy, baron des Biars, en 1561, avait la garde noble de François de Pierrepont, seigneur d'Etienville.

         Les Pierrepont, mais d'une branche étrangère à ceux d'Etienville, devinrent ensuite barons des Biars. » [2]

    Ci-dessus, blason de la famille de Mouy extrait de http://www.wikiwand.com/fr/Armorial_des_familles_de_Picardie

     

         « Antoine de Mouy rend encore aveu en 1555 mais cette famille vend la baronnie aux Le Prévost en 1575 ; puis par alliance, elle revient aux du Parc, une famille importante dans la mouvance royale (François du Parc sera lieutenant général au gouvernement de la province) qui rachète même en 1609 la seigneurie de la Mancellière.

         François du Parc ayant du mal à être partout à la fois vend une partie de ses domaines à sa sœur qui épouse en 1665 Louis de Pierrepont, sieur de Saint-Marcouf. » [1]

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « En 1690, Louis XIV érigea cette baronnie en marquisat pour récompenser les services rendus à l'état par Louis de Pierrepont et sa famille. (…) Une haute justice et un marché furent accordés aux Biars par les mêmes lettres patentes. » [2]

    Blason de la famille de Pierrepont extrait de http://depierrepont.free.fr/Pierrepont.html

     

         « Son fils Charles uni aux de Macey et ses descendants directs seront au 18e siècle les derniers représentants des fameux barons des Biards dont plusieurs s'étaient illustrés aux croisades. Ils résidaient à la Ville, dans un vieux manoir rénové en 1740 en maison bourgeoise : deux pièces au rez-de-chaussée avec un premier étage et une couverture en essentes de châtaignier. Guillaume, dont la mère Anne de Pierrepont, avait épousé en secondes noces en 1759 Jacques d'Oillamson, fut en titre le dernier baron des Biards. » [1]

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)     « Dans le courant du 18e siècle, ce marquisat passa de la famille Pierrepont dans celle d'Oilliamson qui possède encore près de l'ancien château une petite habitation et quelques faibles débris d'un domaine jadis considérable. » [2]

    Blason de la famille d'Oilliamson extrait de http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2014/02/22/29278604.html

     

         « En 1789, il n'avait plus que deux infimes possessions aux Biards, la Ville et le Manoir. Il fut également électeur pour la noblesse mais émigra avant les états généraux et, à ce titre, se fit confisquer comme biens nationaux ces dernières possessions.

         Pour rester dans cette époque des véritables débuts de la paroisse, il faut se dire aussi que le bourg ne se trouvait pas à l'emplacement actuel. On l'a vu, il y avait déjà autour du château fort à « la Ville » un gros rassemblement humain mais le bourg, autour de sa première église très certainement en bois, se situait entre la Rue-Gérault et la Grande-Chapronnière, sans doute dans le lieu-dit « le champ St-Martin »... Saint Martin qui est l'évangélisateur de toute la région et comme par hasard également, le patron de la paroisse. Le cimetière était tout à côté, lieu-dit « la Fosse », et un champ voisin nommé « le Brûslin » accrédite bien la thèse que l’église brûla pendant la Guerre de Cent Ans. » [1]

     

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    Description des ruines du château en 1839 :

     

    LES REMPARTS DES BIARDS (Manche)      « Situé à un quart de lieue du bourg, le château des Biards, ruiné d'abord par Etienne de Blois, et puis en 1368, par les Bretons, au service de Charles V, était, comme ceux de l'époque des navigateurs normands, une espèce de vigie ou exploraloratorium, juché, comme l' aired'un oiseau de proie,sur une cime escarpee ei allongée en forme de cap ; la Sélune, qui coule au pied de ce rocher perpendiculaire, les y avait sans doute amenés, et ils avaient choisi ce poste pour y bâtir un fort, qui devint une demeure baronniale, d'où la vue plongeait sur le cours de cette rivière, et s'étendait sur des côteaux abruptes et sur le chemin en zig-zag qui conduit à Landelles ; sa forme était celle d'un polygone irrégulier, ayant 80 mètres sur sa plus grande longueur, et environ 30 de largeur ; ses murs étaient maçonnés à chaux et à sable ; des fossés, à peine reconnaissables aujourd'hui, en complétaient la circonvallation du côté de la terre ; enfin les habitants se sont emparés des pierres de cette forteresse pour bâtir et faire des murs de clôture, qui abondent dans son voisinage. La chapelle, actuellement en ruine, était dans le bayle ouballium extérieur et semble même avoir fait partie de la seconde enceinte murale du château ; ce n'est pas la primitive, on voit évidemment qu'elle a été maçonnée avec des pierres provenues de constructions plus anciennes ; il y avait une fenêtre à ogive derrière l'autel et une de chaque côté ; la porte extérieure était au bas de la nef, uneautre moins grande, dans un des côtés, communiquait dans la cour du château ; sur l'autel en granit on remarque en creux, du côté de l'évangile, l'emplacement de la pierre sacrée ; le maçonnage de ce petit édifice est lié avec de l'argile et semble être du 16e siècle ; sa longueur est de 12 mètres et sa largeur de six ; elle était, ainsi que la primitive, dédiée à Saint-Nicolas, ce qui vient encore à l'appui de mon système, car on sait que les reliques et le culte de ce saint nous furent apportés par les gentilshommes normands qui conquirent et fondèrent le royaume du Naples, et rien n'annonce qu'aucun des dieux du capitole ni même de l'Etna l'aient précédé sur cet escarpement aride. Les gens du pays sont persuadés qu'il y a des trésor enfouis sous ses ruines, et M. l'abbé des Grippes, curé actuel des Biards, m'a dit sérieusement que, l'an dernier, des personnes venues de l'Angleterre en avaient enlevé un pendant la nuit ; un homme de la paroisse m'a fait voir le trou où l'on prétend qu'il a été trouvé. Le premier historien qui fasse mention d'un personnage du nom de Biard, est Robert Wace, dans ces deux vers: D'Avrancin i fu Ricbarz, Ensemble od li cil de Biarz. Par lesquels il semble dire que ce Biarz, qui suivit le duc Guillaume à la conquête, avait le prénom de Richard. » [4]

    Ci-dessus, plan extrait du site http://histoire-isigny-le-buat65.over-blog.com/les-biards-isigny-le-buat.html

     

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    Légendes :

     

         « Vu l'importance de la paroisse, de sa baronnie et de sa trace dans l'Histoire, il ne faut pas s'étonner que les Biards ait excité les imaginations, particulièrement celle des auteurs du 19e siècle, période propice en rêveries romantiques de toutes sortes. Bien sûr, c'est autour de la « Ville » des Biards, là où se situait l'antique forteresse, que l'on trouve le plus de jolis contes.

         La fameuse devise frappant la « maudite ville des Biards qui chaque jour décatit d'un liard » comporte sans doute une part de vérité car, pendant le haut moyen âge, elle perdit de son importance par rapport à Saint-Hilaire ; Saint Hilaire, fondée rappelons-le en 1082 en même temps que le prieuré des Biards, la supplanta car mieux placée à la jonction des deux grosses provinces de Bretagne et du Maine. (...)

         Toujours à la Ville, le prolixe historien du Mortainais Hyppolite Sauvage accrédita la légende que la jeune châtelaine Avoise ayant « fauté » pendant que son père était aux croisades, découverte, aurait sauté dans le vide et, miraculeusement sauvée, aurait vécu des années cachée avec la complicité de sa nourrice, tout en face à la chapelle de la Madeleine, située sur l'autre rive, maintenant en Saint-Martin-de-Landelles. Les ruines de cette chapelle étaient encore visible fin 19e siècle, mais là encore, il ne semble s'agir que d'une jolie légende. » [1]

     

         « Nulle localité ne renferme plus de légendes que la paroisse des Biards. Forteresse importante au moyen âge, son château féodal a disparu depuis bien des siècles déjà, et la tradition en conserve le souvenir. Il était situé sur un mamelon escarpé, dont l'une des faces, taillée à pic, baigne ses pieds dans un magnifique et large cours d'eau. De là, l'horizon est délicieux. Au milieu de verdoyantes collines,
    que couvrent de riches moissons et d'abondantes ramées, circule la Sélune, lente et majestueuse en son cours. Ses eaux servent à alimenter un grand nombre de moulins, dont les échos répètent au loin les stridents accords. Un pan de mur est seul resté debout, près d'un if séculaire dont les branches le protègent de leur ombre ; il appartenait à un ancien oratoire dédié à saint Nicolas. Auprès est un champ
    cultivé. Son nom rappelle l'ancien château fort, et tout autour l'oeil ne voit que bruyères, ajoncs, solitude et dévastation. En effet, si la pioche vient à frapper le sol, elle rencontre une terre rougie qui a évidemment subi l'action du feu, ou bien quelques fragments de charbon qui ne peuvent laisser aucun doute dans les esprits. Là, ont passé les mains dévastatrices des hommes, et peut-être même la colère de Dieu. Quelques sentiers conduisent à la ville des Biards : la plupart ont même le nom de rues. Tous arrivent au point central de la colline. (…) Cependant, le château des Biards jouit longtemps d'une haute renommée. Ses maîtres furent de puissants seigneurs ; sous ses remparts furent livrées plusieurs sanglantes batailles ; de nombreux assauts firent reconnaître l'importance de ses fortifications ;
    enfin, il fut assiégé par les Anglais. Sa garnison se défendit avec vaillance ; elle combattit avec un courage héroïque, digne d'un meilleur sort, mais, pressée parle nombre, il lui fallut capituler.
         Ce fut en cet instant, dit toujours la légende, que le baron ramassa ses immenses richesses et qu'il les jeta dans l'endroit le plus profond de la rivière. Parmi ces trésors, vous dira-t-on, se trouvaient trois belles cloches d'argent, que l'on distingue au fond des eaux, lorsque le ciel est sans nuages. Mais le courant est si rapide au-dessous du pont qui joint
    les deux rives du fleuve, que nul n'a pu jusqu'ici affronter le tourbillon que les eaux forment en cet endroit. D'ailleurs ces cloches sont si pesantes que personne ne pourrait même les remuer pour les en retirer. Elles restent donc là ; seulement elles se font entendre quelquefois pendant la nuit. A Noël, notamment, chaque année, elles se mettent en
    branle, et leurs sons aigus s'en vont, de collines en collines, répétés par les échos lointains des vallées.

         Du reste, si l'on s'en rapporte à quelques habitants, le seigneur des Biards avait eu la précaution d'enfouir à l'avance son or monnoyé dans divers endroits. Les Anglais le savent bien, car il y a une trentaine d'années, quelques-uns d'entre eux vinrent au bourg et se firent conduire à la ville.
         Un individu leur prêta pioches et marteaux. Ils travaillèrent quelques heures, d'après quelques indications consignées sur un vieux morceau de parchemin jauni, puis ils revinrent vers minuit. Une dalle placée au pied de l'autel de la chapelle, et un bloc aux proportions et aux formes druidiques non loin du pont de Sélune, furent renversés. Le lendemain, ces chercheurs ne reparurent pas ; ils avaient trouvé le précieux trésor. Celui qui les avait aidés dans leurs travaux, depuis cette époque, jouit d'une certaine aisance, mais il s'est obstiné à garder un mutisme absolu. » [5]

     

    Sources :

     

    [1] Extrait du site http://histoire-isigny-le-buat65.over-blog.com/les-biards-isigny-le-buat.html

    [2] Extrait des Recherches sur les anciens Châteaux du département de la Manche par M. de Gerville in les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, Volume 3 Société des antiquaires de Normandie, 1828.

    [3] Extrait des Mémoires de la Société académique du Cotentin : archéologie, belles-lettres, sciences et beaux-arts ; Éditeurs : typ. de Daireaux (Coutances) / impr. de Salettes (Coutances) / impr. A. Perrin (Avranches) ; 1880.

    [4] Extrait de la Notice Historique sur la paroisse et baronnie des Biards, suzeraine d'Isigny, Vezins, Landelles, etc... par M Le vicomte de Guitton de la Villeberge in les Mémoires et procès-verbaux, Volume 7,Partie 2, 1839. https://books.google.fr/books?id=FuA4AAAAMAAJ&pg=PA310&dq=Les+Biards&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiKsumxhb_aAhUDfMAKHSKjCRsQ6AEIJzAA#v=onepage&q=Les%20Biards&f=false

    [5] Extrait des Légendes normandes : recueillies dans l'arrondissement de Mortain (Manche) (2e édition) / par M. Hippolyte Sauvage (1823-1914) Éditeur : impr. de P. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau (Angers), 1869.

     

    Bonnes pages :

     

    O http://histoire-isigny-le-buat65.over-blog.com/les-biards-isigny-le-buat.html

    O http://le50enlignebis.free.fr/spip.php?article12569

    O http://le50enlignebis.free.fr/spip.php?article12568

    O Notice Historique sur la paroisse et baronnie des Biards, suzeraine d'Isigny, Vezins, Landelles, etc... par M Le vicomte de Guitton de la Villeberge in les Mémoires et procès-verbaux, Volume 7,Partie 2, 1839.

    O https://books.google.fr/books?id=FuA4AAAAMAAJ&pg=PA310&dq=Les+Biards&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiKsumxhb_aAhUDfMAKHSKjCRsQ6AEIJzAA#v=onepage&q=Les%20Biards&f=false

    O https://books.google.fr/books?id=6CZQjqo7Gj0C&pg=PA206&dq=Les+Biards&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi0sJj4kL_aAhWEA8AKHdr_C044FBDoAQg1MAM#v=onepage&q=Les%20Biards&f=false

    O http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63519q/f28.image.r=%22ch%C3%A2teau%20des%20Biards%22

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