• LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne) LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne) LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)

     

         « Tinchebray est une petite ville du département de l'Orne, et faisait autrefois partie de la comté de Mortain. La lutte fratricide des fils du Conquérant a donné une célébrité historique à son ancienne forteresse, dont il ne subsiste plus rien aujourd'hui, mais qui était encore debout au 13e siècle. » [1]

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     1912 : « Saint-Rémy est longé d'un côté par la vieille rue de la Geôle, aux maisons moyenâgeuses, mais sans caractère ; c'est de ce côté que s'élevait le château de Tinchebray. Aujourd'hui on en chercherait vainement la trace : le donjon, les murailles, les tours ne sont plus qu'un souvenir. Une propriété particulière occupe l'emplacement de l'ancienne forteresse ; nous y pénétrons sur l'invitation gracieuse du propriétaire, M. Quentin Foucault.
         La maison d'habitation est une construction du 18e siècle ; elle est placée au point culminant du rocher qui servait d'issue au donjon, des terrasses ont été aménagées au-dessous et dominent agréablement une prairie formée des anciennes douves et de l'étang, qui défendaient de ce côté les abords du château, et par delà la petite vallée du
    Noireau.
         A voir actuellement ces lieux d'un aspect si tranquille on
    a peine à croire qu'ils aient été autrefois le théâtre de luttes
    meurtrières ; c'est ici pourtant que se déroulèrent les phases souvent sanglantes de l'histoire de Tinchebray, liée intimement à celle de son château. » [2]

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)

     Plan de situation probable du château de Tinchebray (j'ignore si la cité a connu des remparts propres) ; blason de la commune de Tinchebray par Aroche Cette image a été réalisée pour le Projet Blasons du Wikipédia francophone. — Travail personneliLe code de ce fichier SVG est valide.Cette image vectorielle a été créée avec Inkscape par Aroche., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6628025

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     « Les chroniques écrivent diversement ce nom. Mathieu Paris écrit Herchebray, Orderic Vital, Tenerchebraicum. On lit aussi Tenebrachium, dans les annales de Baronius. Le château de Tinchebray fut bâti pendant la première moitié de l'onzième siècle, sous le règne de Robert-le-Diable, par Guillaume, comte de Mortain et petit-fils de Richard-sans-Peur, troisième duc de Normandie. Il était défendu au sud et à l'ouest par un marais profond et des rochers escarpés. De fortes murailles flanquées de tours, et des fossés le protégeaient au nord et à l'est. Des souterreins, que l'on voit encore aujourd'hui, le mettaient en communication avec des forts avancés. Il fut rasé après la bataille. Le peu qui en reste semble échappé à la fureur des Anglais, pour rappeler à la mémoire la barbarie de leur roi, et vouer son nom au courroux déjà postérité. La famille de Lusignan possédait la châlellenie de Tinchebray. Selles-de-Lusignan, châtelain en 1066, accompagna à la conquête d'Angleterre Guillaume-le-Bâtard, avec les seigneurs de La Lande et de Cerisy. Treize hommes pour Tinchebray, sons la conduite de Roger d'Amoudeville, partagèrent les périls de cette expédition. Gille II de La Roque, châtelain en 1096, et les seigneurs de Cerisy et de La Lande, suivirent le prince Robert à la première croisade. » [3]

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne) LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)

    Ci-dessus : à gauche, une photo aérienne extraite du site Géoportail ; à droite, parcelles cadastrales extraites du site Géoportail.

     

    Le Château de Tinchebray

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     « Ce qu'il était, ce qu'il est devenu. (Nous reproduisons ici une intéressante notice que M. l'abbé Dumaine a rédigée spécialement en souvenir de notre visite à Tinchebray ; nous lui en exprimons tous nos remerciements. )
         « Ce fut, dit Hurel, dans la première moitié du 11e siècle de 1028 à 1048, que Guillaume Verleng, fils de Mauger et, petit-fils de Richard Ier, fit bâtir le château de Tinchebray.
    Suivant l'usage du temps, il l'assit aux flancs et sur le sommet du rocher, dont le génie militaire sut toujours se faire un rempart. Ce rocher d'ailleurs était rendu inaccessible au sud et à l'ouest par un marais bourbeux qui plus tard, au moyen d'une digue, fut converti en un étang vaste et profond.
         Cette digue elle-même fut ensuite protégée par une forte tour qui commandait la porte orientale du château et le chemin se dirigeant sur Chanu et Domfront.
         En 1820, affirme Hurel, on voyait encore les deux piliers de cette porte fortifiée, en tête de la ruelle qui conduisait au moulin de « Sous la Tour » (On dit encore dans le pays « aller sous la Tour »).
         De larges fossés, alimentés d'eau par des sources et par le ruisseau de la vallée, rendaient le château inabordable. Des remparts, garnis de tours, complétaient l'état de défense de la forteresse. Au centre, sur le point culminant du rocher, se dressait le donjon, couronné lui-même par sa tour de guet. Le granit et le schiste du pays coulés dans un bain de ciment, formaient des murs de trois mètres d'épaisseur, d'une résistance à toute épreuve.
         Des souterrains, dont quelques-uns sont encore visibles, se ramifiaient sur divers points de la ville et permettaient de communiquer avec les forts avancés.


    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     Après la journée du 28 septembre 1106, où le duc Robert, après s'être retranché dans le château pour opposer une énergique résistance à son frère Henri Ier d'Angleterre, dut enfin céder devant le nombre, le château de Tinchebray fut une première fois démantelé.
         Depuis lors les Anglais, ayant voulu s'y retrancher eux-mêmes, l'avaient remis sur le pied de guerre, puisque en 1141 les troupes du comte d'Anjou ne purent s'en emparer qu'après un siège long et pénible.
         Quelque temps après le château de Tinchebray était de nouveau aux mains du roi d'Angleterre ; celui-ci semble même en avoir fait une de ses résidences de choix, puisqu'on l'y retrouve à diverses reprises ; de là le monarque anglais organisait ses chasses dans la forêt voisine de Lande-Pourrie et dans les bois d'Yvrandes.
         Aussi, en 1180, le château participait-il à la répartition de plusieurs tonneaux de vin d'Anjou que le roi Henri II faisait conduire dans ses résidences de la contrée (Grands rôles de Normandie ).

     

    Ci-dessus, monument commémoratif de la bataille de Tinchebray au champ Henriet (champ de foire) : la stèle représente Robert Courteheuse (1054-1134) le duc de Normandie vaincu à Tinchebray. Photo Gilloudifs.


    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     Ce prince fit même élever au château de Tinchebray plusieurs constructions nouvelles, notamment une cuisine en dehors de la porte du château, puis une petite tour avec une chambre dans sa partie supérieure, un moulin nouveau et la salle des veneurs du roi (Grands rôles de Normandie, année 1180. T. Vides mémoires des Antiquaires de Normandie). » [2]

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     « Les comptes rendus par Richard de Fontenay à l'Échiquier de Normandie montrent que ce château avait, en 1203, une petite garnison composée de trois hommes d'armes à cheval et de neuf hommes d'armes à pied. Trente-deux ans plus tard, dans le partage de la comté de Mortain, à la suite de la mort du comte de Boulogne, la forteresse de Tinchebray figure encore comme appartenant au roi de France. Sa destruction complète remonte sans doute à l'époque des guerres contre les Anglais. » [1]


         « Longtemps encore cette résidence royale continua d'avoir son importance ; en 1205 Jean sans Terre enjoignait à Richard de Fontenay d'établir à Tinchebray, pour la garde du château, une garnison de trois cavaliers et de neuf fantassins qui y séjournèrent soixante jours (Grands rôles de Normandie. Ibid. p. 13.).
         Cette même année, Brica, fidèle chambellan du roi d'Angleterre et duc de Normandie, était nommé gouverneur de Tinchebray.

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     Puis vint le temps où les troupes anglo-navarraises, à la solde de Charles le Mauvais, détinrent cette forteresse et s'en servirent comme de point de départ pour leurs chevauchées spoliatrices à travers le pays. Dans les comptes du roi de Navarre on voit en effet qu'il confia la garde du château de Tinchebray à des officiers qu'il s'efforçait d'attacher à sa cause par d'assez larges soldes (Les comptes du roi de Navarre, Tinchebray et sa région. T. II, p. 386 et suiv.).
         « En 1378, Duguesclin, à la tête d'une troupe de soldats français, pénétrait dans le comté de Mortain, s'emparait de Tinchebray, d'où il chassait les Navarrais, et conseillait au roi de France, Charles V, de raser cette forteresse qui avait trop longtemps servi de repaire aux pillards à la solde du Mauvais.
         Aussi, à la date du 9 août 1380, un ordre du roi Charles V prescrivait à Guillaume d'Enfernet, bailli du Cotentin, de faire démolir le château aux frais et dépens des habitants du pays, « par telle manière qu'il n'y demeure chose par quoi l'on puisse ramener la dite place à nulle forteresse et qu'aucun péril et dommage ne s'en pût suivre à nous ni au pays » (Extrait des Documents inédits de l'histoire de France, p. 944, 1364-1380. ). L'exécution suivit de près l'ordre royal, car, dès le 4 septembre de la même année, la solde de la main-d'oeuvre employée à ces travaux de démolition était ordonnancée par Guillaume d'Enfernet, en vertu d'une injonction faite à Thomas Le Quelnie, receveur général des finances ; pour six journées de travaux à l'abattement des forts les ouvriers reçurent une somme de deux sous six deniers par jour (Léopold Quinault. Les grands baillis du Cotentin, note 2. Mémoires des Antiquaires de Normandie. T. XXV, p. 145.).
         Cet ordre de paiement fut rédigé à Tinchebray même. Depuis lors le temps acheva peu à peu ce que la main de l'homme avait ainsi commencé. Un certain nivellement du terrain de l'ancien château s'était produit au cours des siècles, insuffisant cependant pour que l'emplacement pût être utilisé à de nouveaux usages.
         En 1756, Adrien-Michel Pitot, fermier général de la châtellenie de Tinchebray, fit à Mgr le duc d'Orléans comte de Mortain et comme tel propriétaire des ruines et dépendances de l'ancien château représentation qu'à la partie orientale de la ville de Tinchebray se trouvait l'emplacement de l'ancien château du lieu ; et, comme à ce moment là, il restait encore quelques pans de murailles, derniers débris de l'antique forteresse, et que l'on y distinguait aussi des traces des anciens fossés, avec quelques pointes de rochers, tout cela rendait cet emplacement d'un accès peu facile. L'escarpement du rocher subsistait avec sa pente très accentuée se terminant sur le chemin allant du Val de la Fontaine à l'abreuvoir et au moulin de Sous la Tour.Cet état de choses empêchait que l'on se servît d'un terrain pouvant fort bien être utilisé. Pour le marché et les foires de Tinchebray on était alors obligé d'emprunter un terrain particulier, souvent incommode par sa situation ou son éloignement tant pour les marchands que pour les fermiers de la « coutume ». Ces derniers même, à cause de cela, étaient obligés de multiplier à leurs frais des gardes pour empêcher la fraude.
         Se rendant à ces raisons, Mgr le duc d'Orléans abandonna à Michel Pitot l'emplacement de l'ancien château avec le terrain vague qui l'environnait, le tout d'une contenance d'une acre trois vergées à charge par lui de combler les fossés, d'aplanir le sommet et les environs du château, ainsi que tout ce qui était susceptible d'être dressé dans le rocher. On espérait pouvoir en dégager une surface plane, d'environ une acre, devant servir pour les foires.
         Le surplus était regardé comme inaccessible, à cause de la trop grande déclivité du terrain ; aussi Pitot était-il autorisé à s'en servir à son bénéfice. Il s'engageait d'ailleurs à faire cet aplanissement à ses frais dans le cours de trois années.
         L'emplacement ainsi aménagé pour les foires devait avoir deux entrées, mais Pitot pouvait les clore de barrières pour la conservation des arbres qu'il était en droit de faire planter, à la condition toutefois d'observer une distance de dix-sept à dix-huit pieds entre chaque arbre.
    Pitot s'était aussi réservé le droit de faire élever un mur de clôture sur le chemin de Landisacq, avec faculté d'y appuyer des appentis susceptibles d'être loués aux marchands, merciers et autres, sans aucun préjudice pour les droits de coutume et d'étalage.
         Il se réservait enfin le droit de faire bâtir à l'extrémité de cette place, sur l'extrémité du rocher, une maison pouvant lui servir d'habitation et de faire cultiver à son profit tout ou partie du vallon adjacent.


    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     Tout cela fut accordé à la condition de tenir ces choses mouvant et relevant du domaine de Mortain, sous la châtellenie de Tinchebray, sujettes aux droits de reliefs et treizièmes, avec tous les autres droits et devoirs coutumiers et ordinaires, et avec obligation d'aveu et de déclaration au Papier terrier, quand il appartiendrait.
         De plus, Michel Pitot devait payer annuellement une mesure d'avoine de cens et rente foncière « domaniale perpétuelle et irraquitable » à la recette du domaine de Mortain, au terme de Pâques.
         L'acquisition de l'emplacement de l'ancien château fut donc ainsi faite à peu de frais, mais les travaux de déblaiement devaient entraîner une certaine dépense. Le travail dura trois ans et les ouvriers qui y étaient employés furent payés sur le pied de douze à dix-huit sous par jour.
         Il fallut tout d'abord s'attaquer à la butte elle-même, pour la faire disparaître, et combler de ses débris les douves qui l'entouraient. Ce travail commença le 17 août 1756.

     

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        On sapa à mi-butte, du côté de la ville, parce que le chemin de Landisacq donnait la hauteur à garder pour l'ensemble des aplanissements à faire. La douve du côté de la Bourbe ayant été remplie de manière à continuer le vallon, on se mit ensuite à la fouiller, parce qu'ainsi on obtenait un point d'appui pour recevoir les terres. C'est ce qui permit d'ailleurs de gagner en largeur une trentaine de pieds de terrain sur toute la longueur, jusque vis-à-vis de l'Abreuvoir.
         On trouva là beaucoup de pierres et de carreaux propres à bâtir. Cent cinquante jours de travail furent employés à aplanir et jeter dans les douves les terres se trouvant le long du chemin de Landisacq.
         Il fallut de plus dresser une petite butte dominant le jardin Mauduit et en faire disparaître une autre jouxtant le jardin de Julien Lecoq. Puis l'on attaqua la motte du château pour la niveler en la rejetant dans la douve, les pierres propres à bâtir étant mises de côté.
         Le long du jardin de M. de la Beaujardière, on fit l'aplanissement d'une autre partie à hauteur des douves.
         Du côté de la place du château, vers le pré de M. de la Baronnière, on aplanit le terrain tendant vers la Bourbe. Vingt-sept ans plus tôt M. de la Boutrière avait déjà planté une devise en cet endroit.
         Il restait sans doute du côté de la petite douve quelque chose des vieilles constructions, car dans le journal de Pitot on trouve une somme de quinze livres allouée « pour abastre et dresser » ce coin du château dans les douves, au bout de l'entreprise de Jacques Durand.
         Ensuite il est fait mention de six livres pour achever d'aplanir le terrain vers la Noitte (Ces divers noms de propriétaires et de propriétés correspondent à un relevé du plan du château et des terrains adjacents fait en 1756 par les soins de M. Bence, architecte de S. A. S. Mgr le duc d'Orléans, et qui accompagne le journal d'Adrien-Michel Pitot.). La butte sur laquelle le château avait été bâti formait une sorte de mamelon. Pour le fortifier dès sa base les douves avaient été creusées dans le roc afin de mieux assurer leur résistance. Du côté d'un jardin, dit de Marmousot, là où le château aurait été plus accessible à l'ennemi, les douves avaient trente pieds de large, avec des murs de douze à vingt pieds de haut, et quinze de profondeur ; du côté de la Bourbe et de l'Etang, qui faisaient une protection naturelle à la forteresse, elles étaient un peu moins larges et moins profondes. On mit trente jours à les vider.


    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     Pour détruire le château, le feu fit d'abord son oeuvre, ensuite les murailles furent démolies pierre par pierre. Les fouilles aux alentours des anciennes forteresses donnent lieu parfois à certaines découvertes ; ici on ne trouva que peu de chose. La douve donnant sur le jardin de la Belle-Noë offrit cette particularité qu'on y trouva une fontaine assez spacieuse, entourée elle-même de murs formant une sorte de réservoir, pouvant servir de lavoir ou d'abreuvoir, sur une longueur de vingt-quatre pieds. (On croit qu'elle se trouvait sous la porte d'entrée, l'ouverture du château faisant face à l'Orient).
         Cinq issues de souterrains donnant sur les douves furent alors découvertes, dont l'une se trouvant sous une vieille tour du château. De construction assez étroite, ces souterrains ne pouvaient guère donner passage qu'à un seul homme. Dans ce dernier on retrouva des doliches de bois de chêne faites à la varloppe.
         Dans la douve faisant face au lieu dit la Belle-Place on rencontra une autre fontaine de six pieds de profondeur sur quatre à cinq pieds de large. Dans le fond, il se trouva des bois assez bien conservés, « des morceaux de souliers apparemment jetés à l'aventure », des quartiers de buires et de pots à puiser de l'eau, et jusqu'à un morceau de vieux
    chapeau. Tout cela gisait dans un limon visqueux et infect. C'est à cette place que fut creusé et maçonné le puits qui sert à l'habitation actuelle et qui ne compte pas moins de quarante-huit pieds de profondeur.
         Une grande quantité de pierres propres à bâtir furent retirées de tous ces déblaiements et vendues à sept habitants de Tinchebray qui s'en servirent pour se construire des maisons.
         Au-dessous de la muraille, qui fermait le château du côté de la Bourbe, commençait une pente conduisant au sentier de l'Abreuvoir. L'acquéreur pouvait disposer de cette partie à sa guise. Le 3 septembre 1759, Pitot commença la construction d'une habitation pour lui-même en l'appuyant du côté nord, contre l'un des vieux murs du château : on voit encore les vestiges de cette ancienne muraille sous les degrés de l'escalier qui conduit aux chambres situées au soleil levant. La maison compta en longueur vingt-six pieds et seize en largeur ; elle se composa d'une salle, d'une chambre et de quatre cabinets à divers usages.
    Comme la pente était trop rapide du côté du midi, on nivela le terrain pour établir une petite cour et donner par là une issue à la maison.
         Du côté de l'étang, on fut obligé de construire des murs de soutènement pour faire un jardin avec des terrasses. Tous ces travaux nécessitèrent plus de cinq mille journées d'ouvrier et une dépense de quatre mille quatre-cent-deux livres treize sols (Tous ces détails sont tirés du journal manuscrit d'Adrien-Miche Pitot où il spécifie jour par jour les travaux et les dépenses qu'a entraîné l'aménagement de la propriété actuelle de l'ancien château-fort de Tinchebray. Si nous n'avons pas mentionné ces détails dans notre Histoire de Tinchebray, c'est que ce manuscrit nous était resté inconnu jusqu'à ce jour. (Note de M. l'abbé Dumaine.)
         Cet endroit a continué à s'appeler le « château » et porte encore ce nom aujourd'hui.


    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     En quittant le château, nous descendons la rue de la Geôle pour gagner le chemin couvert qui nous conduit en dehors de la ville au lieu dit les Croix. C'est là, d'après la tradition, que fut déposée la dépouille mortelle de trois chevaliers tués à la bataille de Tinchebray. Longtemps la piété populaire y a entretenu trois croix, d'où le nom qui s'est conservé en souvenir des trois preux tombés au champ d'honneur. Aujourd'hui un calvaire en granit s'y dresse sur de gros blocs de rochers assez artistiquement disposés.
         On dit aussi qu'aux époques où la peste fit de nombreuses
    victimes à Tinchebray, ce lieu a servi de cimetière. Un peu plus loin se trouve l'église des Montiers. ... »
    [2]

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)

     Ci-dessus, plan extrait du cadastre napoléonien de Tinchebray (1834), Archives de l'Orne, http://archives.orne.fr/

     

    La bataille de Tinchebray, 28 septembre 1106 :

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)     « Henri Beauclerc était en conflit avec son frère aîné, Robert Courteheuse, depuis la mort de leur frère Guillaume le Roux en 1100. En effet, Robert, poussé par son conseiller Rainulf Flambard, lui contestait la couronne d'Angleterre. En 1101, Robert avait débarqué sans succès à Portsmouth avant d’être forcé à renoncer, devant le manque de soutien populaire anglais, à sa prétention sur le trône anglais par le traité d'Alton.

         Les conflits persistants entre les deux frères poussèrent Henri à envahir la Normandie en 1105, prenant notamment les villes de Bayeux et de Caen. Forcé un moment d’interrompre sa campagne en raison des problèmes politiques résultant de la querelle des Investitures, Henri revint en Normandie à l’été 1106. Après la prise rapide de l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de l'Épinay à Saint-Pierre-sur-Dives, Henri mit le cap vers le sud et mit, le 28 septembre 1106, le siège devant le château de Tinchebray, place forte située sur une colline au-dessus de la ville. » [4]

    Ci-dessus : monument commémoratif de la bataille de Tinchebray au champ Henriet (champ de foire) : la stèle représente Robert Courteheuse (1054-1134) le duc de Normandie vaincu à Tinchebray. Photo Gilloudifs.

     

         « Le duc de Bretagne et le comte d'Anjou, ses alliés, arrivent bientôt à la tête de leurs troupes, et vont commencer la campagne par le siège du château de Tinchebray. (...)

         Le roi d'Angleterre n'ignorait pas qu'il ne pourrait forcer, sans des peines extrêmes, une place si bien fortifiée ( Munitissfmum Herchebray castellum. Mathieu Paris). Il élève donc un fort devant, pour la tenir en respect, y laisse de nombreux corps de cavalerie et d'infanterie, et se dirige sur sa bonne ville de Domfront. [En 1091, les habitants de Domfront convièrent Henri de venir prendre possession de leur château. Cette trahison fut une source de calamités pour le pays ( Histoire de Domfront).

         Gille II de La Roque, châtelain de Tinchebray, avertit le comte de Mortain, dont il relevait, du danger qui le presse. Celui-ci vole à son secours augmente la garnison et fait entrer des vivres dans la place. Quand les fourrages vinrent à manquer, on coupa les blés, encore verts, pour la cavalerie. De Saint-Jean et les Anglais renfermés dans leur fort, n'osèrent arrêter ces secours. Henri, de retour, et instruit de ce qui s'était passé pendant son absence, change le siège en blocus.
    Si les assauts livrés au château furent vifs et multipliés, la résistance fut longue et opiniâtre. Attaqué avec fureur par les Bretons et les Anglais , le comte de Mortain implore le secours de son suzerain. Le duc de Normandie, suivi du comte de Belesme, de d'Estouteville, de Guillaume de Ferrière et de quelques autres grands vassaux, sort de Falaise, à la tête d'une armée peu nombreuse, il est vrai, mais pleine de courage et d'audace. Arrivé à Tinchebray, il invite le roi d'Angleterre à lever le siège ou à accepter la bataille.
         Henri n'était pas d'un caractère à abandonner une proie qu'il croyait déjà dévorer. Ses conseillers avaient trop d'intérêt à dépouiller un prince qu'ils avaient lâchement abandonné, pour ne pas partager ses desseins. Aussi vit-on les comtes de Meulan, d'Evreux, du Mans, de Conches, de Montfort rejeter tout accommodement. La province frémit d'horreur à la nouvelle de ce combat, où l'on allait voir, dans des rangs opposés, les pères et les fils, les frères s'entr'égorger.
         L'incendie de Bayeux avait exaspéré les Normands contre le roi d'Angleterre qui saccageait la province.
         Les malheurs de Robert, au contraire (chose assez rare), grossissaient de jour en jour le nombre de ses partisans. On allait en venir aux mains : Orderic Vital, à la tête de quelques pieux cénobites, abandonne les retraites solitaires de Saint-Evroult et se rend au camp du roi d'Angleterre. Mais que pouvait la sagesse de ses conseils sur l'âme d'un ambitieux et de lâches déserteurs ? Ses avis rejetés, il s'arme de la puissance que la religion a mise dans ses mains, il jette un interdit sur les deux frères.
         A ce coup inattendu, Henri feint de prêter l'oreille aux conseils du solitaire. Il propose la paix, mais à des conditions si humiliantes, que l'honneur du prince et de ses barons ne peut y souscrire. Il demande la moitié de la Normandie et le gouvernement de la province entière. Les comtes de Mortain et de Belesme, surtout, sont indignés d'une telle proposition.
         Henri a l'audace de prendre Dieu à témoin de la justice de sa cause. Il rend la liberté à quelques prisonniers, il promet de relever les églises qu'il a incendiées. Ils s'avancent ensuite au combat , ces deux frères ennemis, que n'avaient pu toucher la voix de la religion et les cris de détresse des peuples opprimés.
         Le trouvère, déjà cité, dit à ce sujet :

    Grant fu la guerre et grant fu l'ire ;
    Mais tout ne puis compter ni dire
    Del rey Henri et de son frère
    D'un père nez et d'une mère.

         Quel était le prix de la victoire ? La Normandie. » [3]


         « Situé dans le Sud-Ouest de la Normandie, sur la frontière du comté de Mortain, Tinchebray est tenue par le comte Guillaume de Mortain, un des quelques barons normands importants toujours fidèles à Robert Courteheuse. L’armée ducale arrive au secours des assiégés le 28 septembre. Après l’échec des tentatives de négociations, le duc refusant les offres du roi, la bataille s’avère inévitable et Henri donne l'ordre du combat.

         Robert Courteheuse a avec lui le comte Guillaume de Mortain et Robert II de Bellême. Chacun commande une bataille. À l’issue du combat qui ne dure qu’une heure la majeure partie de l’armée ducale est capturée ou tuée, sans compter Robert lui-même qui fait partie des prisonniers et mourra en captivité près de 30 ans plus tard en Angleterre. Parmi les combattants capturés, figure également Edgar Atheling, l’oncle de l’épouse d’Henri et le comte de Mortain. (…)

          À l'issue de la bataille de Tinchebray, le 28 septembre 1106, lors de laquelle Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre vainc son frère Robert Courteheuse, duc de Normandie, le duché de Normandie est de nouveau rattaché à l'Angleterre, dix-neuf ans après le partage entre les fils de Guillaume le Conquérant...

         La seigneurie de Tinchebray est rattachée au domaine royal en 1259. » [4]

     

    A proximité :

     

    LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)LES REMPARTS DE TINCHEBRAY (Orne)« La chapelle Saint-Rémy est une église romane fortifiée située à Tinchebray-Bocage, classée Monument Historique en 1944. (...)

    Construite probablement au 12e siècle, la chapelle Saint-Rémy a été remaniée à l'époque de la Guerre de Cent ans. De l'église ne subsistent que le transept et le chevet plat. La nef disparue laisse sa silhouette sur le mur ouest du clocher élevé sur la croisée du transept. Le bras nord a été fortifié par l'adjonction de deux échauguettes à archières et machicoulis. La croisée est surmontée d'une tour romane terminée par une flèche de charpente modifiée depuis sa construction. Les trois travées du transept et celle du chœur sont couvertex de voûtes sur croisées d'ogives.

    On y trouve des peintures murales de Saint Martin, Saint Joseph et une Charité de Saint Martin. La chapelle Saint-Rémy au cœur du système de défense dans la bataille de 1796 contre les chouans. » [4]

     

    Sources :

     

    [1] Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, Volume 5, 1868.

    [2] Extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne (Alençon) ; Date d'édition : 1912 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5457297h/f146.item.r=%22histoire%20de%20Tinchebray%22.texteImage

    [3] Extrait de La Bataille de Tinchebray, 27 septembre 1106 / par Hurel, Julien-Modeste. Éditeur : impr. de J. Élie (Saint-Lo) 1829 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6498340p/f9.image.r=%22Ch%C3%A2teau%20de%20Tinchebray%22

    [4] Extrait de Wikipédia

     

    Bonnes pages :

     

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Tinchebray

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