• LES REMPARTS DE MEREY (Eure)

    LES REMPARTS DE MEREY (Eure) LES REMPARTS DE MEREY (Eure) LES REMPARTS DE MEREY (Eure)

     

          Mérey a conservé une fortification médiévale constituée d‟une motte et d‟une petite basse-cour, fouillées en 1928 par l'abbé Philippe (compte-rendu en 1936). Dans le village, un vieux château existait, aujourd'hui disparu. [NDB]

     

         « L'extrémité d'une éminence, voisine du village, est marquée par de profonds retranchements, au milieu desquels s'élève la motte d'une ancienne fortification. » [1]

     

         « Jacques Le Maho rappelle qu'une seule tour de bois sur une motte a été archéologiquement identifiée en Normandie : c'est celle de Merey. (...) Le nom de la localité est attesté sous les formes Madriacensis pagi vers 692, pago Madriacensi en 707, Merri en 1205. Une forme ancienne de Merey est Madrinniaco, vers l'an 1000 : In villa Madrinniaco de terra inter Madriniaco et Duciaco cedo tibi.... Ce texte évoque l'échange de terre de Merey appartenant à l'ancien comté de Madrie et le duc (de Normandie). Il a été faussement avancé que le village (pagus de Merey) aurait été la véritable capitale de la Madrie à l'époque mérovingienne.

         Le village a possédé une église Notre-Dame. Après la Révolution, elle fut vendue en 1813 et détruite en 1835. » [2]

     

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     Plan de situation de la motte de Mérey ; blason moderne de la commune de Mérey par Chatsam — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11330566

     

         « Merey (canton de Breuilpont, Eure) - château à motte, 11e-12e siècle : La motte s’élève sur un coteau au-dessus du village de Mérey, dans la vallée de l’Eure. Ses dimensions sont fort modestes - à peine plus d’une dizaine de mètres à la base - et le plan de la fortification, avec les vestiges d’une basse-cour semi-circulaire en amont de la motte, est des plus classiques. De surcroît, on ignore tout de son histoire, le château n’apparaissant nulle part dans les textes. Le site est néanmoins d’un exceptionnel intérêt, car il est un des très rares en France à avoir livré les traces bien caractérisées d’une tour en bois sur motte.
         La découverte est ancienne - elle date de la fin des années 1920 -, mais son auteur, l’abbé Philippe, archéologue expérimenté, bien connu pour les recherches qu’il dirigea pendant de nombreuses années sur le site protohistorique de Fort-Harrouard, nous a laissé un compte-rendu précis de la fouille. La structure mise au jour sur les flancs de la motte correspond à la base d’une tour en bois de plan carré, de 3,50 m de côté. Les quatre poteaux corniers étaient des pièces équarries de 40 cm de section. Ils étaient réunis par des poutres transversales de 16 cm d’épaisseur. L’ensemble de la structure était noyé dans le remblai de la motte, assurant ainsi l’ancrage de la tour sur le sol ferme. Ces observations confirment les indications d’une célèbre scène de la tapisserie de Bayeux montrant les hommes de Guillaume en train d’édifier une tour sur motte à Hastings : on y voit nettement une structure de charpente en cours d’emmottage. » Jacques Le Maho [3]

     

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    Ci-dessus : à gauche, une photo aérienne extraite du site Géoportail : le site de la motte se trouve en haut ; les sites de l'ancienne église et du vieux château, aujourd'hui disparus, se trouve en bas à droite ; à droite, une photo aérienne extraite du site Google Map.

     

         « On peut enfin signaler le cas de la motte de Mérey, qui, encore selon Jacques Le Maho, pourrait avoir été édifiée au début du 12e siècle (1118-1119), quand Eustache, fils de Guillaume de Breteuil prit le parti de Guillaume Cliton contre Henri Ier Beauclerc. La motte de Mérey, construite sur un coteau de la vallée de l'Eure, est une butte tronconique de trois à quatre mètres de hauteur et de vingt mètres de diamètre, composée de remblais argilo-calcaires. Elle a été sommairement examinée peu avant 1938 par l'abbé Philippe, célèbre préhistorien normand, qui fit sur ses recherches un bref compte rendu. Ayant attaqué la motte non par le dessus mais sur son flanc, l'abbé Philippe découvrit en contrebas de la plate-forme sommitale des trous verticaux de section quadrangulaire qui correspondaient à l'emplacement de trois poteaux équarris de 40 cm de côté. À leur base, ces poteaux étaient reliés par des poutres horizontales de 16 cm de section. L'ensemble dessinait un carré de 3,50 m de côté. Les fouilleurs mirent en évidence les oteaux sur 1,70 m de hauteur, mais renoncèrent à atteindre le fond. « La butte(...) apparaissait comme un cône tronqué, formé de mortier et de terre pilonnée, emprisonnant dans sa masse les soubassements d'une tour en bois de 3,50 m de côté. Les poutres horizontales dont elle gardait l'empreinte s'assemblaient dans des grosses poutres verticales qui portaient le reste de la charpente ».

         La technique mise en œuvre ici s'apparente totalement à ce que l'on peut observer sur la Broderie de Bayeux dans la scène de construction de la motte d'Hastings. Jacques Le Maho fait l'hypothèse que cette structure de bois était à l'origine davantage enfouie et qu'elle a été mise au jour sous l'effet de l'érosion. Il suppose aussi qu'elle constituait la partie basse d'une tour de bois appuyée sur « des poteaux d'ancrage placés sur les versants de la motte ». On peut se demander également s'il ne s'agit pas d'un soubassement qui était totalement emmotté, et dont la fonction était (aussi ou exclusivement) de maintenir les terres de la motte au moment de sa construction. » [4] 

     

    « Le donjon :

    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)     Par son isolement au Sud du hameau principal du village, et par la composition homogène de ses mobiliers, le cimetière de la Côte Brazée est exclusivement le lieu des sépultures barbares. La fusion avec la population gallo-romaine, ou ses survivants, ne s'est accomplie que tardivement. Le pagus ne subit aucune modification, les textes lui gardent son appellation en précisant ses limites.
         Et voici qu'à leur tour les Barbares de jadis, devenus des ruraux fixés à leur sol, sont contraints de se protéger contre de nouveaux envahisseurs.
         En quittant Mérey, dans la direction de Gadencourt, on se trouve en face d'un promontoire imposant formé par la jonction de la vallée de l'Eure et du vallon des Vaux. A l'Est, ses assises de craie, rongées par les érosions, en ont fait une falaise abrupte. Une butte le couronne d'où le regard peut suivre longuement, en amont et en aval, le cours de la rivière, qui, très opportunément pour l'observateur, s'attarde à descendre obliquement la vallée de Mérey à Hécourt ; de même, elle commande l'accès de l'étroit vallon des Vaux qui conduit au plateau.

     

    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)

    Ci-dessus, un plan extrait du cadastre napoléonien de 1852, Archives de l'Eure, http://archives.eure.fr/

     

         Quelques vieux habitants l'appellent encore la Butte aux Anglais, mais le cadastre mentionne simplement: la Butte n° 315, Section A2 (fig. 42). Son utilisation militaire ne faisait aucun doute et les fouilles la rendirent évidente. Son diamètre est d'environ vingt mètres en tenant compte des éboulis qui l'ont élargie sur tout son pourtour, et sa hauteur, prise du fond du fossé qui l'isole du coteau, de 5 m 50 ; elle se termine par une plate-forme de 8 mètres de diamètre ; la cuvette qu'on aperçoit au centre est l'oeuvre d'un fouilleur anonyme qui, déçu dès le premier jour, abandonna le jeu. La butte fut entamée par la base au milieu du côté Sud.
    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)     La première journée de travail nous fit connaître sa structure. Sous un amas d'humus et d'éboulis épais de 0 m. 70, les pics atteignirent une couche de mortier compact. Il ne s'agissait donc plus d'un tumulus préhistorique mais d'une motte artificielle de construction relativement récente. Le lendemain apporta la solution. La tranchée se poursuivait péniblement dans l'impénétrable mortier quand, tout-à-coup, un bloc de terre entraîna le pic dans une cheminée quadrangulaire de 0 m. 40 de côté, plongeant verticalement dans le sous-sol de la butte, jusqu'à une profondeur de 1 m. 70, profondeur constatée et non pas exacte, car pour la vérifier, il eût fallu détruire en partie la cavité dont le fond était rempli de pierrailles et de terre. Dans le haut de ses parois, régulières et lisses, deux autres cavités de même forme, aussi nettes, mesurant seulement 0 m 16 de côté, partaient à angle droit, pour s'enfoncer horizontalement dans la masse ; l'une d'elles contenait encore des fragments de poutre de chêne. Une seconde fouille, après quelques tâtonnements, fit retrouver au second angle le même dispositif ; la suivante conduisit à coup sûr au troisième ; il devenait donc inutile de dégager le quatrième qui fut laissé comme témoin.
         Dès lors, la butte n'avait plus de secret. Dépouillée, aussi
    légèrement que possible, de son revêtement de gazon, — car le but d'une fouille n'est pas de détruire mais d'informer en conservant, — elle apparaissait comme un cône tronqué, formé de mortier et de terre pilonnée, emprisonnant dans sa masse les soubassements d'une tour en bois de 3 m. 50 de côté. Les poutres horizontales dont elle gardait l'empreinte s'assemblaient dans les grosses poutres verticales qui portaient le reste de la charpente.
         Elle rappelle les donjons carrés du 10e au 11e siècle étudiés pour la première fois par A. de Caumont (Cours d'Antiquités Monumentales, p. 74.) et par C. Enlart (Manuel d'Archéologie Française, t. II, p. 492-495.), citadelles primitives que firent naître les invasions et que multiplia le régime féodal. Comme eux, elle fut construite sur le côté d'une petite enceinte qui était la chemise du donjon ; un retranchement, qui se développe en demi-cercle du Nord au Sud, à partir de sa base, l'isole du reste du coteau ; il devait être surmonté d'une palissade, et une petite butte s'en détache au Nord. L'espace compris entre le retranchement et le donjon forme une cour à laquelle on accédait par le Sud, à flanc de coteau. Aucune trace de construction n'y a été trouvée.
         Des buttes semblables se succèdent sur les bords de la vallée de l'Eure. A Saint-Aquilin-de-Pacy, « la Matrouée » domine le vallon, qui remonte vers le Plessis-Hébert et Orgeville ; à Breuilpont, la plus importante des « Quatre-Buttes » s'élève au bord du vallon qui conduit à la plaine de Saint-Chéron et de Villiers-en-Désoeuvre ; la butte de Garennes semble prête à recueillir tout le village ; à Ivry-la-Bataille, le
    château-fort était construit au-dessus de la trouée qui s'ouvre sur la Couture-Boussey ; plus loin, la butte d'Ezy surveille le plateau de la Coulure et la vallée, avec l'éperon barré de Sorel, vestige d'une forteresse de la rive droite, antérieure aux ruines du vieux château qui en font la parure. Cet ensemble de molles fortifiées ou de buttes à signaux, peut-être les deux à la fois, constituait un système défensif
    contre les divers envahisseurs de la vallée. Et si toutes ne peuvent être datées avec certitude, celle de Mérey semble bien appartenir au Haut Moyen-Age et avoir été édifiée à l'époque où les Normands, remontant la rivière, vinrent en 858 assiéger Chartres, prirent Évreux entre 886 ou 892 et dévastèrent toute la région.
         Et ceux qui furent contraints d'y chercher refuge et protection n'étaient peut-être que les descendants tout proches de ceux qui reposaient dans le cimetière de la Côte Brazée. Les conquérants s'étaient fixés auprès de leurs morts, mais le chef était devenu le seigneur, et le soldat le serf attaché à la glèbe : le Moyen-Age commençait et la féodalité s'organisait lentement. » Abbé J. Philippe, 1936 [5] 

    Les deux documents ci-dessus sont extraits de ce même document.

     

    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)     « Portrait en buste de l'abbé Philippe (1876 – Plasnes (Eure) / 1950 - certainement à Breuilpont (Eure) Archéologue français. En 1901, il fait la connaissance d’un érudit de Pacy-sur-Eure, P. Chédeville, qui est féru d’archéologie. Cela décidera de l’orientation scientifique de son existence. Ce dernier avait commencé à fouiller au Fort-Harrouard (Eure-et-Loir) en 1897. Il convainc l'abbé Philippe d’y entreprendre des travaux méthodiques. Il débute cette exploration en 1903. Les fouilles sont subventionnées par le musée de Saint-Germain-en-Laye auquel les objets sont réservés. Le Fort-Harrouard est une importante station préhistorique. Il y a fouillé toute sa vie en s’interrompant uniquement pendant les deux guerres.

         Grâce à sa méthode de fouille implacable, il dresse une chronologie très précise du site qui met en lumière ses phases d’occupation successives. Il publie plusieurs monographies sur le sujet dont Cinq années de fouilles au Fort-Harrouard (1927). Il fouille également des cimetières gallo-romains et mérovingiens de Croth, Bueil et de Mérey (Eure). Aux côtés de l’abbé Cochet, il est un des autres grands serviteurs de l’archéologie normande. » [6] 

     

    Le château disparu de Mérey :

     

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    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)     « A gauche, la forêt de Merey monte à l'assaut des croupes qui dominent la vallée. Le pont de fer de la ligne Paris Cherbourg enjambe le cours de la rivière. Le voisinage de ce pont a provoqué la destruction du petit château du même nom, sis sur la gauche, tout contre l'Eure. Les bombes destinées au pont ont soufflé ses toitures. j'ai pu suivre son agonie pendant quatre, cinq ans. Le papier bitumé n'a pas résisté longtemps aux pluies qui se sont infiltrées partout.

     

    LES REMPARTS DE MEREY (Eure)     Pendant ce temps, le château servait de résidence aux romanichels dont généralement une roulotte évoquant celle de Van Gogh stationnait presque toujours dans la cour tandis qu'un linge suspect séchait aux fenêtres. L'agonie a enfin cessé car le petit château est mort et son dépeçage un fait accompli. Sa façade de pierres de taille avait suscité quelques convoitises. Il n'avait plus sa raison d'être, le domaine étant complètement rogné et surtout son voisinage de la ligne, avec comme servitude le bruit assourdissant des convois passant sur le pont de fer, le condamnait sans appel. La mort d'une construction par opposition avec l'évocation de l'atmosphère joyeuse qui a présidé à son édification m'émeut chaque fois. » [7]

    Ci-dessus, reproduction du cadastre de Mérey de 1818 extrait de http://merey27.fr/wp-content/uploads/2017/09/Notre-Dame-de-M%C3%A9rey.pdf

     

    Sources :

     

    [1] Extrait du Dictionnaire topographique statistique et historique du département de l'Eure par Louis-Léon Gadebled Canu, 1840 - 501 pages.

    [2] Extrait de Wikipédia

    [3] Extrait de https://mondes-normands.caen.fr/france/patrimoine_architectural/normandie/plaines_eure/breuilpont/0916Merey/index.htm

    [4] Extrait de Quelques réflexions sur le mode de construction des mottes en Normandie et sur ses marges par Flambard Héricher Anne-Marie In : Cahier des Annales de Normandie n°32, 2002. Mélanges Pierre Bouet. pp. 123-132 ; doi : https://doi.org/10.3406/annor.2002.2438 https://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_2002_hos_32_1_2438

    [5] Extrait de Mérey : Son cimetière barbare et son donjon, par l'abbé J. Philippe, page 211 in Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques ; Éditeurs : Société normande d'études préhistoriques (Louviers) / Société normande d'archéologie préhistorique et historique (Rouen) ; Date d'édition : 1936 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54575163/f241.item.texteImage.zoom

    [6] Extrait de https://musee-archeologienationale.fr/objet/joseph-philippe-dit-abbe-philippe

    [7] Extrait de En flânant dans les vallées de l'Eure, de l'Avre, de l'Iton, du Rouloir par Jérôme Carcopino, Hubert de Brye FeniXX- 132 pages

     

    Bibliographie :

     

    - J. Le Maho, « Notes de castellologie Haut-Normande : châteaux à motte, enceintes et églises fortifiées (11e-12e s.) », Autour du château médiéval, Société Historique et Archéologique de l’Orne, Mémoires et documents n° 1, 1998, p. 233-237. »

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